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Ce texte contient des phrases en arabe. Elles ne sont pas traduites. Ce n'est pas une omission, mais un choix méthodologique. Si vous lisez ces phrases sans les comprendre, vous faites l'expérience, à une échelle réduite, de ce que décrit ce travail : le moment où un système de lecture rencontre quelque chose qu'il ne peut classer. Ce que vous ressentez à cet instant, que ce soit de la frustration, de la curiosité, l'envie de continuer à lire, ou celle de sauter la ligne, n'est pas un effet secondaire. C'est une donnée. Les phrases arabes ne sont ni une décoration, ni un geste d'affirmation identitaire. Elles sont des ancrages épistémiques : des points dans le texte allemand où l'évidence de l'allemand comme instance ultime d'ordre conceptuel est interrompue. Vous n'avez pas besoin de les comprendre. Vous avez juste besoin de percevoir ce qui se passe dans votre corps lorsque vous les rencontrez. C'est déjà de l'écoute incarnée.
.ﻣﺎ ﻻ ﯾُﻘﺮأ ﻻ ﯾﻌﻨﻲ أﻧﮫ ﻻ ﯾﺘﻜﻠﻢ ﯾﻌﻨﻲ أن ﻧﻈﺎﻣﻚ ﻟﻢ ﯾُﺒﻦَ ﻟﯿﺴﻤﻌﮫ
أنعام وعصام… أصلُ الطريق وبوصلته
قيس وأمير… إخوتي، عزوتي، وما لا يسقط مني حين أسقط
جدي سليمان سلامة الحرفوش… جذورٌ لا تنكسر، وحارس الذاكرة
رانيا… حبيبة القلب وشريكة الطريق، اتّزانٌ في الطريق
شهبا الأبيّة وجبل الباشان… حيث لا يزال الأصل يقاوم تكسّر المكان
وإلى وعورة الطريق، التي علّمتني أن الثبات هو أعلى درجات الرقص
Dans l'administration, le corps tremble avant que l'esprit ne classe la situation. Au musée, la respiration s'accélère avant même que le personnel de sécurité ne réagisse. Sur la plateforme, l'hypervigilance s'active pendant que l'algorithme classe encore. Ces réactions ne sont pas des symptômes psychologiques, elles sont les marqueurs d'un instrument de connaissance sensoriel sous pression institutionnelle : le témoignage corporel d'une violence qui se reproduit par la neutralité. Trois espaces, une opération fondamentale. Le musée ethnographique, la bureaucratie administrative, la plateforme numérique ne partagent pas seulement une origine historique, ils partagent une fonction1 : décider quels corps sont autorisés à apparaître comme lisibles, crédibles, politiquement efficaces. Ce travail nomme l'ensemble de ces trois régimes une architecture phygitale de l'apparence. Ce qui change entre le musée, le dossier et l'algorithme, c'est le substrat technique, non l'opération coloniale fondamentale de rendre lisible. .
اﻟﺘﻤ ّﻜﻦ .. .أن ﺗﻌﺮف اﻟﻘﻮاﻋﺪ ﺑﻤﺎ ﯾﻜﻔﻲ ﻷن ﺗُﺮھﻘﮭﺎ
L'Embodied Creative Liberation (ECL) naît de la question que ce corps, calibré par l'incarcération, la migration, la friction institutionnelle en Saxe, a dû poser : comment le corps enregistrant devient-il un corps intervenant ? Non pas par une critique externe, mais par une disruption structurelle de l'intérieur. Le glitch opère ici comme une interruption intentionnelle de la prévisibilité algorithmique. At-Tamakkun comme principe structurel : l'infiltration contrôlée des codes normatifs jusqu'au point où l'institution échoue à sa propre lisibilité. Ce travail est le protocole de ce sabotage. L'autoethnographie critique et l'analyse performative du dispositif ne sont pas des étiquettes méthodologiques, elles désignent une posture de recherche qui opère dans l'exécution : illisibilité stratégique, durée intentionnelle et résonance relationnelle comme formes d'opération qui ne décrivent pas les ruptures épistémiques, mais les génèrent.
Le personnel de sécurité du musée Grassi a couru. Non pas parce qu'il y avait un danger, mais parce qu'un corps refusait de se conformer à la forme attendue. Il chantait en arabe et en sésotho, restait immobile là où le mouvement était attendu, portait un costume formel là où une autre apparence aurait été anticipée. L'institution a répondu par son réflexe le plus profond : transférer le corps dans un registre gérable.
ﺣﯿﻦ رﻛﻀﻮا ﻛﺘﺒﺖ اﻟﻤﺆﺳﺴﺔ ﻧﻔﺴﮭﺎ داﺧﻞ اﻟﻌﻤﻞ اﻟﻔﻨﻲ دون أن ﺗُﺪﻋﻰ
Cette course est l'événement analytique dont part ce travail, le moment où l'Architecture de l'Apparence ne cache pas sa violence cachée, mais l'exécute. Ce moment est reproductible. Non pas par hasard, mais structurellement. Dans les administrations, il se manifeste comme un seuil administratif qui évalue en permanence l'adéquation des corps migrants2. Dans les institutions éducatives, comme une accessibilité sélective qui marque la compétence comme une exception. Dans les espaces numériques, comme une cadence algorithmique qui ne priorise la présence que si elle peut être traduite en signaux standardisés. Chemnitz, Dresde, Leipzig : pas des incidents isolés, un laboratoire de la visibilité où le marquage institutionnel apparaît comme une constante, non comme une sensibilité subjective. La Saxe n'est pas le cadre géographique de ce travail par coïncidence. C'est un espace avec une histoire spécifique de la lecture des corps, une histoire qui ne commence pas en 2015. La RDA a produit un système de surveillance qui lisait et gérait le corps étranger comme une menace idéologique3. Les étudiants invités du Mozambique, du Vietnam et de Cuba, qui vivaient et travaillaient en RDA, ont connu une forme de visibilité contrôlée4 : bienvenus en tant que force de travail, invisibles en tant que sujets, surveillés en tant que facteurs de risque. Cette logique a laissé des sédiments institutionnels, des réflexes administratifs, des divisions spatiales, des schémas de lisibilité qui ne se sont pas dissous après la réunification, mais ont été re-étiquetés. L'Allemagne unifiée a créé en Saxe un vide identitaire qui a été partiellement rempli par la définition de l'étranger comme une menace économique et culturelle. Les pogroms de Rostock-Lichtenhagen en 1992, Hoyerswerda en 1991, les années NSU, Chemnitz
20185 : ce ne sont pas des escalades sorties de nulle part. Ce sont des manifestations d'une politique de lisibilité qui marque le corps non allemand comme structurellement inadapté. Rechercher dans cet espace ne signifie pas avoir choisi un contexte difficile. Cela signifie rechercher dans un contexte qui rend les mécanismes de l'Architecture de l'Apparence visibles avec une densité et une rapidité qui seraient plus diffuses ailleurs. La Saxe n'est pas un cas particulier, c'est un espace de densification. La question de recherche découle de cette répétabilité structurelle : Comment les pratiques artistiques incarnées peuvent-elles agir comme des interventions épistémiques en sabotant l'Architecture de l'Apparence non pas de l'extérieur, mais de l'intérieur ? Et comment le corps se repositionne-t-il alors : d'objet classifié à sujet de connaissance opératoire ? Le corps qui pose cette question a une histoire qui est méthodologiquement pertinente, non pas décorative biographiquement. La participation aux manifestations et l'incarcération en 2011 ont généré une carceral epistemology6 : le pouvoir s'est inscrit non pas comme un concept, mais comme une technologie d'enfermement, de contrôle et de lisibilité dans le corps. Cette sensorielle enregistre plus tard, en Saxe, dans les institutions allemandes, la même logique sous sa forme douce : les administrations qui gèrent l'origine ; les musées qui exposent l'altérité ; les algorithmes qui réduisent les corps à des points de données exploitables. La migration entre le Koweït, As-Suwaida et l'Allemagne n'est pas dans ce contexte une histoire de vie, c'est la séquence de différents ordres de lisibilité, par lesquels le même corps a été codé, testé et classifié à chaque fois.
اﻟﺒﻨﻰ ﻣﻮﺟﻮدة ﻓﻲ ﻛﻞ ﻣﻜﺎن ﻟﻜﻨﮭﺎ ھﻨﺎ ﻻ ﺗﻜﻠّﻒ ﻧﻔﺴﮭﺎ ﻋﻨﺎء اﻻﺧﺘﺒﺎء .. .اﻷرﺷﯿﻒ ﯾﻨﺴﻰ ﻣﺎ ﻻ ﯾﻨﺎﺳﺒﮫ اﻟﺠﺴﺪ ﯾﻨﺴﻰ ﻣﺎ ﯾﺴﺘﻄﯿﻊ ﻣﺎ ﻻ ﯾﺴﺘﻄﯿﻊ ﻧﺴﯿﺎﻧﮫ ھﻮ اﻟﺸﮭﺎدة
La contribution scientifique de ce travail réside dans l'Embodied Creative Liberation (ECL) comme pratique opératoire, qui découle de ce diagnostic corporel. L'ECL comble une lacune spécifique : alors que la critique postcoloniale a souvent dénoncé la violence des archives, l'imbrication de la gouvernementalité algorithmique avec la résistance incarnée reste systématiquement sous-déterminée. L'ECL affirme le corps comme contre-machine, comme instrument de connaissance sensorielle qui enregistre la violence ; comme contre-archive corporelle qui la préserve ; comme Body as Glitch qui l'interrompt. At-Tamakkun est le principe structurel
qui distingue l'ECL de la simple critique : non pas le rejet du code normatif, mais sa sur-exécution jusqu'à l'illettrisme forcé de l'autre. Méthodiquement, le travail suit une logique en trois étapes – diagnostic, interruption, reconfiguration – selon le mode de l'autoethnographie critique et de l'analyse performative du dispositif. Ces trois étapes ne sont pas des catégories analytiques. Ce sont des formes d'exécution : les expériences de marquage institutionnel en Saxe ne sont pas des illustrations de théories déjà établies, elles sont le registre de preuve primaire, ces formes d'exécution micrologiques de la violence qui disparaissent dans les descriptions universalistes et ne sont rendues visibles que par un corps qui ne s'intègre pas entièrement dans l'ordre qu'il analyse.
Ces termes ne sont pas des définitions, ce sont des outils. Leur fonction n'est pas de nommer des phénomènes, mais de préciser des mécanismes. Celui qui les lit ne devrait pas les apprendre, mais être capable d'opérer avec eux. C'est pourquoi chaque terme ne commence pas par sa signification, mais par le moment où il devient visible. Le formulaire demande l'origine « réelle ». La vitrine montre le corps sans son nom. L'algorithme priorise le profil qui réagit rapidement et est proprement catégorisable. Ces trois opérations ne sont pas accidentellement similaires, elles partagent une infrastructure.
اﻟﻤﺘﺤﻒ ﯾﻌﺮض اﻟﺒﯿﺮوﻗﺮاطﯿﺔ ﺗﺼﻨّﻒ اﻟﺨﻮارزﻣﯿﺔ ﺗﻘﯿﺲ اﻟﺜﻼﺛﺔ ﯾﺴﺄﻟﻮن
ھﻞ أﻧﺖ ﻗﺎﺑﻞ ﻟﻺدارة؟
L'Architecture de l'Apparence désigne l'ensemble des logiques de classification institutionnelles et des métriques algorithmiques7 qui ne sont pas juxtaposées, mais entremêlées par une opération fondamentale commune : décider quels corps sont autorisés à apparaître comme lisibles, crédibles et politiquement efficaces, et à quel prix. Cette architecture produit la visibilité non pas de manière neutre, mais sélective. C'est le dispositif global dans lequel tous les autres concepts de ce travail opèrent. Instrument de connaissance sensorielle : Avant de savoir que l'administration avait déjà clôturé mon dossier, mon corps le savait. Les épaules se sont contractées. La respiration est devenue plus superficielle. L'attention s'est aiguisée sur les micro-gestes du fonctionnaire. Ce n'était pas de la sensibilité, c'était de la perception.
ّ ُ اﻟﺠﺴﺪ ﻗﺮأ اﻟﻐﺮﻓﺔ ﻗﺒﻞ أن ﺗﻘﺮأھﺎ اﻟﻌﯿﻮن ﻗﺒﻞ أن ﺗ .ﻘﺮر أي ﺷﻲء
L'Instrument de Connaissance Sensorielle désigne la détermination méthodique du corps comme un médium de perception calibré, qui enregistre la violence épistémique non pas comme une expérience psychologique, mais comme une résonance corporelle. Tremblements, difficultés respiratoires, épuisement, hypervigilance ne sont pas, dans ce cadre, des réactions privées ; ce sont des marqueurs enregistrables d'un appareil perceptif sous pression institutionnelle8. Le terme « instrument » n'est pas à comprendre ici au sens de la mesure standardisée, mais au sens phénoménologique d'un médium de perception calibré, de la même manière qu'un musicien utilise son ouïe comme un instrument sans prétendre obtenir des données acoustiques mesurées. Le calibrage ne provient pas d'un étalonnage selon une norme externe, mais d'une histoire vécue qui a façonné le champ de perception. L'épistémologie carcérale, le sensorium calibré par la répression et l'incarcération, est l'affinement spécifique de ce médium, qui lui permet d'enregistrer corporellement la « violence douce » dans les arrangements institutionnels quotidiens, là où d'autres formes de perception ne saisissent que des structures abstraites. Cet affinement n'est pas une meilleure perception au sens hiérarchique, mais une perception différente – située, particulière, dépendante de son histoire. Contre-archive corporelle : Le corps n'oublie pas. Les tensions musculaires de l'audition de 2011 se manifestent lors de l'entretien avec le professeur. Les tremblements de la traversée de la frontière ressurgissent à l'Office des étrangers.
ﻋ َﺮﺿﺎ ً ﺗﺴﻤﯿﮫ اﻟﺴﯿﺎﺳﺔ دﻟﯿﻼً ﻣﺎ ﺗﺴﻤﯿﮫ ھﺬه اﻷطﺮوﺣﺔ أرﺷﯿﻔﺎ ً ﻟﻢ ﯾﺴ ّﻤﮫ أﺣﺪ َ ﻣﺎ ﯾﺴﻤﯿﮫ اﻟﻄﺐ.ﺑﻌﺪ.
Ce retour n'est pas nécessairement une traumatisation ; il peut aussi être lu comme un travail d'archive – comme une préservation somatique de ce que les archives officielles excluent systématiquement. L'expression Contre-archive corporelle désigne cette lecture alternative : loin de la pathologisation exclusive en tant que traumatisme, vers la reconnaissance en tant que forme de mémoire politique. Cette réinterprétation ne supprime pas la perspective du traumatisme, elle déplace seulement le centre d'attention. Là où la lecture clinique met l'accent sur la guérison du sujet, la lecture par contre-archive met l'accent sur la lisibilité structurelle des traces corporelles. Les deux lectures sont compatibles ; elles répondent à des questions différentes. La contre-archive est accessible et lisible collectivement, non pas par la seule introspection, mais par le protocole méthodique de l'Instrument de Connaissance Sensorielle et par la lisibilité partagée au sein de l'Assemblée.
Opacité décoloniale : Au Grassi, je chantais en arabe. Non pas pour être comprise, mais pour ne pas avoir à être entièrement comprise. L'intraduisibilité n'était pas un problème de communication. C'était le message. L'Opacité décoloniale9 désigne, en référence au droit à l'opacité d'Édouard Glissant, le refus stratégique d'une transparence totale face aux régimes de visibilité coloniaux et algorithmiques. L'opacité n'est pas ici une absence de sens, mais sa gestion souveraine : le retrait conscient de la contrainte d'une lisibilité totale, la protection de la complexité du corps contre l'extraction épistémique. Au sein de l'ECL, l'opacité n'opère pas comme un repli, mais comme une intervention : elle oblige le système à fonctionner aux limites de sa propre capacité de codification10.
أن ﺗُﻘﺮأ ﻛﺎﻣﻼً ﯾﻌﻨﻲ أن ﺗُﻤﻠﻚ ﻛﺎﻣﻼً اﻟﻐﻤﻮض اﻟﻤﺘﻌ ّﻤﺪ ھﻮ اﻟﺤﺪود اﻟﻮﺣﯿﺪة اﻟﺘﻲ ﻻ ﺗﺤﺘﺎج.ً ﺗﺼﺮﯾﺤﺎ
Le corps comme Glitch : Le personnel de sécurité du Grassi courait et criait. C'est dans cette course que réside la définition la plus précise du terme : le corps avait forcé le système à exécuter visiblement sa violence cachée. Le corps comme Glitch désigne le corps en tant que présence non-intégralement codifiable, ralentissante, opaque ou contradictoire, qui interrompt la logique d'extraction et de classification du dispositif. Ce n'est pas un corps « cassé », c'est un corps qui refuse de coopérer avec la métrologie et force ainsi le système à déployer ouvertement ses mécanismes de normalisation. Le glitch n'opère pas ici comme une métaphore esthétique, mais comme un indicateur méthodique : il marque le moment précis où l'architecture normative de l'apparition doit révéler performativement sa violence intrinsèque.11
.ُﻄﺎرد اﻟﻤﻄﺎردة ھﻲ اﻻﻋﺘﺮاف
َ اﻟﺠﺴﺪ اﻟﺬي ﻻ ﯾُﻘﺮأ ﻻ ﯾُﮭ َﻤﻞ ﯾ
Témoignage corporel : L'épuisement après un entretien administratif n'est pas de la fatigue, c'est le reçu de l'effort énergétique de la lisibilité permanente. Il est documentable, répétable, structurellement déterminé. Le Témoignage corporel désigne les réactions corporelles – tremblements, sueur, épuisement, mouvements de retrait – comme des indicateurs situés de la violence institutionnelle. Ces réactions ne sont pas considérées dans l'ECL comme des ressentis subjectifs, mais pas non plus comme des données objectives au sens positiviste. Elles sont quelque chose de troisième : des marqueurs somatiques lisibles collectivement, dont la validité n'est assurée ni par l'introspection
certaine ni par la standardisation externe, mais par les conditions de leur lecture : l'Assemblée comme lieu de lisibilité partagée, le protocole méthodique comme forme de leur enregistrement, la réflexion explicite sur les hypothèses concurrentes comme protection contre l'auto-confirmation. Cette détermination renonce délibérément à la prétention à la force probante médico-légale. La forensique appartient à ces régimes de savoir dont la logique opératoire est précisément critiquée par ce travail12 : elle produit de la vérité en transformant le corps en unités standardisées, exploitables par la justice, c'est-à-dire précisément dans la forme contre laquelle l'ECL opère en tant que pratique. La prétention de l'ECL n'est donc pas médico-légale, mais phénoménologique corporelle dans une application décoloniale : le corps témoigne de ce que la standardisation institutionnelle exclut systématiquement, et ce témoignage déploie sa validité non pas malgré, mais en raison de son intraduisibilité dans le langage de la forensique.
اﻟﺮﻋﺸﺔ وﺛﯿﻘﺔ اﻹرھﺎق وﺛﯿﻘﺔ اﻟﺼﻤﺖ وﺛﯿﻘﺔ ﻟﻜﻨﮭﺎ وﺛﺎﺋﻖ ﺑﻠﻐﺔ ﻟﻢ ﺗﻌﺘﺮف ﺑﮭﺎ اﻟﻤﺤﻜﻤﺔ ﺑﻌﺪ
Protocole de lisibilité : Pour que ces témoignages corporels ne soient pas psychologisés comme des réactions de stress générales, ce qui les dévaloriserait politiquement, un protocole de lisibilité est nécessaire. Ce protocole ne prétend pas transformer l'expérience individuelle en une mesure objective. Il propose plutôt trois conditions sous lesquelles un marqueur somatique peut être considéré comme lisible collectivement au sein de l'Assemblée :
Sélectivité contextuelle (avec réserve) : Le marqueur apparaît principalement dans des constellations institutionnelles caractérisées par une asymétrie de pouvoir spécifique et se manifeste avec une intensité moindre ou une qualité différente dans des contextes plus symétriques. La condition n'est pas l'absence totale – ce serait une exigence irréaliste compte tenu de l'épistémologie carcérale et de l'asymétrie pénétrante des espaces sociaux –, mais une différence intersubjectivement compréhensible en intensité, durée ou manifestations associées.
Répétabilité structurelle : Le marqueur se répète lors de rencontres institutionnelles structurellement similaires, dans différents lieux et à différents moments. Cette répétition ne prouve pas une causalité institutionnelle au sens strict, mais en fait l'hypothèse la plus plausible parmi les hypothèses concurrentes, à condition que des explications alternatives aient été sérieusement examinées.
Lisibilité partagée au sein de l'Assemblée : Le marqueur n'est pas seulement accessible par introspection, mais est reconnu au sein de l'Assemblée par d'autres corps avec une calibration comparable. Cette lisibilité partagée remplace l'exigence de mesure objective par l'exigence de plausibilisation collective – une procédure non moins rigoureuse que la mesure, mais de nature différente : elle ne vérifie pas la concordance avec un standard externe, mais la convergence des perceptions situées. Lorsque ces trois conditions sont réunies, le marqueur somatique est considéré comme une unité exploitable au sein du protocole ECL, non pas comme une preuve, mais comme une forme de témoignage plausibilisée. Lorsqu'une condition fait défaut, il reste noté comme une hypothèse ouverte. Ce protocole prévient les deux risques symétriques de toute méthode incarnée : la pathologisation de chaque marqueur comme sensation privée et la prétention, sans examen, à la force probante de chaque perception.
اﻹذن ھﻮ اﻻﻋﺘﺮاف اﻟﻤﺴﺒﻖ ﺑﺄن ﻟﮭﻢ ﺣﻖ اﻟﻤﻨﻊ اﻟﺤﻀﻮر دون اﺳﺘﺌﺬان ﯾﺮﻓﺾ ھﺬا .اﻻﻋﺘﺮاف
Présence Non Codée : Parfois, l'intervention la plus efficace est la simple présence : un corps dans un espace qui ne lui était pas destiné, qui ne demande ni permission ni explication. L'irritation qui en résulte est l'événement. La Présence Non Codée désigne une forme de maintien dans l'espace qui refuse la formatisation algorithmique et la fixation numérique, non par l'absence, mais par une présence persistante sous une forme que le système ne peut convertir. Elle bloque la traduction de l'être en signaux exploitables et force les institutions et les algorithmes à fonctionner aux limites de leurs propres capacités de codage. La Présence Non Codée n'est pas une attitude de refus, c'est une occupation souveraine de l'espace au-delà des conditions que le dispositif prescrit pour l'apparition.
اﻹﺟﻤﺎع اﻟﺴﺮﯾﻊ ھﻮ اﻟﻌﻨﻒ اﻟﻤﺆدﱠب اﻟﺒﻘﺎء ﻓﻲ اﻟﺨﻼف اﺣﺘﺮام
Espace agonistiques / Espace Sécurisant : Un espace sécurisant n'est pas un lieu sans conflit. C'est un lieu où le conflit peut être maintenu de manière structurée sans que la vulnérabilité des participants ne soit exploitée comme une faiblesse. Au sein de l'ECL, l'Espace Sécurisant ne désigne pas une zone de protection harmonieuse, mais une infrastructure de conflit assumée. Sa fonction n'est pas l'élimination du désaccord, mais sa négociation structurée : il sert à maintenir la différence épistémique, à nommer explicitement les asymétries de pouvoir et à faire de la répartition inégale de la vulnérabilité le point de départ de la production de savoir, au lieu de la niveler. L'espace agonistique est ainsi le contre-modèle institutionnel à la fiction libérale de neutralité harmonieuse.11
et à faire de la répartition inégale de la vulnérabilité le point de départ de la production de savoir, au lieu de la niveler. L'espace agonistique est ainsi le contre-modèle institutionnel à la fiction libérale de neutralité harmonieuse.
اﻟﻤﻜﺎن اﻵﻣﻦ ﻟﯿﺲ اﻟﻤﻜﺎن اﻟﺬي ﻻ ﯾﺆﻟﻢ ﺑﻞ اﻟﻤﻜﺎن اﻟﺬي ﯾﻤﻜﻦ ﻓﯿﮫ أن ﯾُﺆﻟﻢ دون أن ﯾُﺴﺘﺨﺪم اﻷﻟﻢ ﺿﺪك
Écoute incarnée : Écouter ici ne signifie pas attendre une réponse. Cela signifie enregistrer l'illisibilité de l'autre comme une tension physique dans son propre corps et demeurer dans cette tension sans la résoudre. L'Écoute incarnée désigne une méthode de génération de savoir relationnel qui lie le savoir à la coprésence corporelle et à la capacité de rester présent dans des conditions de différence non résolue. Le terme arabe, qui n'est pas traduit ici mais posé comme un ancrage épistémique, désigne une forme d'écoute qui ne peut être entièrement saisie en allemand : une écoute qui comprend le corps comme une caisse de résonance, non comme un récepteur. Endurance relationnelle : L'endurance relationnelle est la forme opératoire de cette écoute : la capacité de maintenir les tensions sans les traduire en schémas d'interprétation préétablis. Épistémologie Carcérale : 2011, Shahba, As-Suwaida. L'incarcération n'a pas appris la peur, elle a calibré un instrument. Le pouvoir a cessé d'être un concept. Il est devenu une fréquence que le corps enregistre depuis lors, dans les administrations, dans les établissements d'enseignement, dans les musées, dans les conversations, dans les regards. L'Épistémologie Carcérale désigne un sensorium calibré par la répression et l'expérience de l'incarcération, capable d'enregistrer corporellement la « violence douce » dans les arrangements institutionnels quotidiens. Ce calibrage n'est pas une pathologie, c'est une ressource méthodique : le corps, ayant expérimenté le pouvoir comme enfermement, contrôle et lisibilisation, reconnaît ses variations dans des contextes institutionnels où il se déguise en neutralité ou en serviabilité. .
اﺟﮭﺰة اﻟﺪوﻟﺔ ﻟﻢ ﺗﺨﻄﺊ ﺑﻞ ﻓﻌﻠﺖ ﻣﺎ ﺻﻤﻤﺖ ﻷﺟﻠﮫ
L'Assemblée : Dans le complexe du NSU, les proches des victimes n'ont pas été traités comme des détenteurs de savoir, ils ont été gérés comme des corps suspects. L'Assemblée est la réponse directe à cet échec : l'espace où ce savoir est récupéré et transformé en d'évidence politique. L'Assemblée désigne la contre-infrastructure opératoire et la machine épistémique de transformation de l'impuissance individuelle en capacité d'action collective. Elle n'est pas seulement un lieu, mais une méthode : elle réorganise la grammaire de l'archive en traitant le savoir migrant non comme une « affection », mais comme une donnée politique située. L'Assemblée ne préserve pas seulement les déclarations, elle préserve la voix, le souffle, l'hésitation, la contradiction : les marqueurs somatiques
de l'instrument de connaissance sensorielle, où la vérité est produite physiquement. At-Tamakkun : Je parlais un allemand soutenu. Je connaissais les codes institutionnels plus précisément que prévu. L'irritation dans les yeux de mon interlocuteur n'était pas de l'admiration ; c'était l'échec d'une attente. C'est ça, l'At-Tamakkun. L'At-Tamakkun désigne un acte d'appropriation souveraine qui non seulement satisfait les horizons d'attente institutionnels, mais les déplace de l'intérieur par une sur-satisfaction stratégique. L'At-Tamakkun ne fonctionne pas comme une stratégie d'assimilation, mais comme une hyper-conformité tactique : une sur-satisfaction contrôlée des codes institutionnels qui pousse le système à ses propres limites épistémiques et induit une illisibilité stratégique (forced illiteracy) chez l'interlocuteur hégémonique : Le système peut lire le code, mais ne peut plus en disposer sans réserve. La souveraineté de ce concept réside dans la maîtrise suffisamment précise du code pour retourner son autorité interprétative contre lui-même. L'At-Tamakkun n'est donc pas traduisible. Il y a cependant un danger à signaler, qui accompagne structurellement toute stratégie d'infiltration. À un certain moment, dans un certain bureau, après une conversation réussie, une question inattendue s'est posée : Était-ce encore une stratégie ? Ou était-ce déjà une conviction ? La langue soutenue, le costume formel, la connaissance précise du règlement intérieur – à un moment donné, il n'était plus clair si le code était joué ou cru. Cette ambiguïté est la frontière entre At-Tamakkun et assimilation.
.آن واﺣﺪ
ٍ اﻟﺠﺴﺪ ﯾﺘﻌﻠﻢ ﻣﺎ ﯾﺆدﯾﮫ ھﺬه ﻟﯿﺴﺖ ﻣﺸﻜﻠﺔ ھﺬه ھﻲ اﻟﻤﺸﻜﻠﺔ واﻷداة ﻓﻲ At-Tamakkun bleibt At-Tamakkun unter drei Bedingungen:
Si le corps continue d'enregistrer la différence entre performance et conviction – comme un marqueur somatique, comme une légère tension, comme ce léger malaise qui persiste même lorsque tout fonctionne sans accroc.
Si l'objectif de l'infiltration est limité dans le temps et défini de manière concrète, non pas l'appartenance, mais l'atteinte d'un objectif spécifique.
Et si un espace existe en dehors de l'institution, où le corps peut se rencontrer sans contrainte de codage : The Assembly (L'Assemblée) comme contrepoids à l'infiltration institutionnelle. Si ces trois conditions disparaissent, l'At-Tamakkun devient ce contre quoi il opère : la conversion volontaire du corps en un registre gérable. Bhabha a décrit ce danger comme le mimétisme : « presque pareil mais pas tout à fait ». La différence avec l'ECL est cruciale : le mimétisme, chez Bhabha, est involontaire et incomplet. L'At-Tamakkun
est volontaire et précis et c'est précisément pour cela qu'il est plus dangereux : le contrôle qu'il permet est le même contrôle qui peut le faire basculer invisiblement13. .
إﻋﺎدة اﻟﺘﺼﻨﯿﻒ ھﻲ ﺷﻜﻞ اﻻﺳﺘﯿﻌﺎب اﻻﺳﺘﯿﻌﺎب ھﻮ اﻟﻤﺤﻮ اﻷﻛﺜﺮ أﻧﺎﻗﺔ
Le paradoxe de l'instrument : L'At-Tamakkun porte un paradoxe structurel qui doit être précisé et non résolu. L'instrument qui enregistre la différence entre performance et conviction est le même instrument qui peut être modifié par la performance. Le corps qui joue, apprend ce qui est joué. Ce n'est pas une faiblesse psychologique, c'est l'opération fondamentale de toute performativité, que Butler décrit : la répétition produit ce qu'elle répète. La question n'est donc pas : comment le corps reste-t-il clair ? La question est : qu'y a-t-il en dehors du corps qui maintient la clarté ? L'ECL répond par deux mécanismes qui se complètent14. The Assembly (L'Assemblée) comme instance de calibrage. The Assembly ne fonctionne pas seulement comme un contre-espace politique, elle fonctionne comme le correctif externe qui protège l'At-Tamakkun de lui-même. Dans l'Assemblée, on ne demande pas : as-tu gagné ? On demande : qui es-tu encore quand le bureau est fermé ? Cette question n'est pas thérapeutique. C'est une vérification méthodique de la frontière entre stratégie et conviction. Le journal somatique comme témoin temporel. Le protocole, tenu immédiatement après le contact institutionnel, préserve l'état corporel de la rationalisation. L'enregistrement vocal, brut, non traité, documente la tension qui était encore là, avant que l'At-Tamakkun ne l'uniformise narrativement. Ce document est l'ancrage : non pas ce que le corps croit savoir, mais ce qu'il a immédiatement enregistré. L'At-Tamakkun n'est donc pas une pratique individuelle. C'est un système qui a besoin d'un extérieur pour rester intérieur.
اﻟﺮواﯾﺔ اﻟﺮﺳﻤﯿﺔ ﺗﺴﺒﻖ اﻟﺠﺮﯾﻤﺔ .اﻷرﺷﻔﺔ اﻟﻌﻜﺴﯿﺔ ﺗُﻌﯿﺪ اﻟﺠﺮﯾﻤﺔ إﻟﻰ ﺟﺴﺪھﺎ
Forced Archiving (Archivage Forcé) : La course du personnel de sécurité au Grassi n'était pas un protocole de sécurité, c'était une tentative d'archivage : ramener le corps opaque dans un registre gérable avant qu'il ne déstabilise davantage le système. Le Forced Archiving désigne la tentative des institutions, des musées aux plateformes numériques, de réintégrer un corps dissident ou opaque dans un registre gérable. Il ne s'agit pas simplement d'une saisie ultérieure, mais de la production violente d'une figure de remplacement compatible algorithmiquement, d'un Double Numérique, qui circule plus rapidement
ler, Judith: Bodies That Matter. On the Discursive Limits of “Sex”. New York: Routledge 1993, S. 2–15. que la présence matérielle du corps lui-même et qui préstructure dorénavant les conditions de son apparition. Le Reverse Forced Archiving désigne l'acte souverain de production de savoir.
ّ ﯾﻜﻦ ﯾﻮﺛّﻘﻦ ﻛﻦ ﯾُ ِﻌﺪن اﻟﺠﺴﺪ إﻟﻰ ﻣﻜﺎن ﺳﺒﻖ أن اﺳﺘﺒﺪﻟﮫ دوﺑﻠﯿﺮه اﻟﺮﻗﻤﻲ ّ ﺻﻮرن اﻟﺠﺜﺚ ﻟﻢ ّ ﺣﯿﻦ
À As-Suwaida, des civiles ont filmé les corps des personnes tuées et distribué les enregistrements. Ce n'était pas un acte de documentation, c'était un acte anti-simulacre : le retour du corps matériel dans un régime qui l'avait remplacé par son double numérique, dans des conditions de violence guerrière et de censure totale. Ici, des civils assument une fonction d'enquête et d'archivage, en introduisant la présence radicale et insupportable de la douleur matérielle comme un glitch incodable dans l'Architecture of Appearance. Alors que le Forced Archiving transfère le corps dissident dans un double gérable, le Reverse Forced Archiving force le retour du corps lui-même, non pas comme information, mais comme destruction de la domination simulatoire sur ce qui est autorisé à être considéré comme un corps. Ces termes ne doivent pas changer de sens au cours du travail ; leur stabilité protège l'analyse d'une dilution métaphorique. Là où l'Architecture of Appearance distribue les conditions d'apparition, la violence épistémique opère comme mécanisme de cette distribution. Là où cette mécanique rencontre des corps opaques, le Body as Glitch devient visible comme forme d'interruption. Et là où l'At-Tamakkun infiltre le code normatif, se crée le moment où le système ne peut plus disposer du corps de manière ininterrompue. .
اﻟﺼﻮرة ﺗُﺪار اﻟﺠﺴﺪ اﻟﺬي ﻻ ﯾُﻄﺎق رؤﯾﺘُﮫ ﻻ ﯾُﺪار ھﺬا ھﻮ اﻟﻔﺮق
Ce travail de recherche ne porte pas SUR l'expérience incarnée, il recherche AU TRAVERS d'elle15. La différence n'est pas rhétorique. Elle est méthodologiquement constitutive. L'auto-ethnographie critique n'est pas comprise ici comme une auto-représentation, mais comme une pratique structurée de production de savoir qui utilise le corps comme instrument de recherche primaire. Concrètement, cela signifie : les rencontres avec les institutions en Saxe entre 2015 et 2025 – autorités, musées, établissements d'enseignement, plateformes numériques – n'ont pas été utilisées rétrospectivement comme illustrations d'une théorie déjà établie. Elles ont été traitées comme un registre de preuves primaires, à partir duquel les catégories théoriques ont été développées. L'analyse du dispositif per-
performative complète cette approche : le dispositif n'est pas seulement décrit, il est analysé dans son déroulement. Les performances au musée Grassi, les ateliers, les formats d'assemblée ne sont pas des applications de la théorie. Ce sont des procédures de connaissance16 : le corps provoque le système à suivre sa logique et analyse cette forme d'exécution au moment de son apparition. Trois principes méthodologiques structurent l'ensemble du travail :
La théorie suit l'expérience, et non l'inverse. Les catégories théoriques Architecture of Appearance, Body as Glitch, At-Tamakkun ne sont pas nées d'une application déductive de concepts existants. Elles sont nées de la condensation de schémas somatiques et institutionnels récurrents, qui n'ont été mis en dialogue avec le canon théorique qu'a posteriori.
L'échec est productif17. Les moments où la pratique de l'ECL ne fonctionnait pas, où le corps ne produisait pas les marqueurs attendus, où The Assembly ne générait pas de connaissance collective, où l'At-Tamakkun menaçait de glisser vers l'assimilation, ne sont pas occultés. Ils sont traités comme des correctifs qui affinent la théorie plutôt que de la confirmer.
La langue fait partie de la méthode. L'alternance entre l'allemand et l'arabe dans ce texte n'est pas une décision stylistique. Elle opère au niveau de la langue la même opération que l'ECL opère au niveau du corps : l'interruption de l'évidence du code hégémonique de l'intérieur.18
Toute recherche qui travaille avec des corps vivants et des expériences vécues d'autrui porte une responsabilité éthique qui ne peut être réduite à des consentements éclairés. Ce travail opère avec trois principes éthiques :
• Pas de re-traumatisation en tant que production de connaissance19 : L'Assembly et les ateliers ont été conçus de manière à collecter des témoignages corporels sans exposer à nouveau les participant·es aux conditions qui ont généré ces témoignages. Le Safer Space n'est pas une affirmation protectrice, c'est une exigence méthodologique.
• Anonymisation sans invisibilisation : Les personnes dont les expériences ont été intégrées à ce travail n'apparaissent pas comme des données. Si les noms ne sont pas mentionnés, c'est à leur demande expresse – non pas pour dépersonnaliser les expériences, mais pour laisser aux personnes concernées le contrôle de leur propre histoire.
• La propre exposition comme condition : Ce travail exige des autres corps une exposition, une visibilité somatique et la participation à des formats qui incluent la vulnérabilité. Cette exigence n'est légitime que si le corps chercheur est lui-même exposé. La situation biographique de ce travail n'est donc pas une concession à la subjectivité, elle est la condition éthique pour pouvoir exiger la même chose des autres.20
Une précision méthodologique est ici inévitable : tout marqueur corporel n'est pas méthodologiquement exploitable. La différence entre une sensation privée et un indicateur situé ne réside pas dans le sentiment lui-même, mais dans sa structure de répétition et dans les conditions de sa lisibilité collective. L'ECL opère avec un protocole de lisibilité à trois niveaux, qui détermine la limite entre l'expérience subjective et l'indication située plausibilisée :
Niveau 1 Différence contextuelle : Le marqueur somatique apparaît dans sa configuration spécifique (intensité, durée, phénomènes associés) principalement dans des constellations institutionnelles d'asymétrie de pouvoir spécifique. Une réaction corporelle comparable dans un contexte plus symétrique en termes de pouvoir n'invalide pas automatiquement l'hypothèse, mais elle exige une différenciation de la configuration : Qu'est-ce qui distingue ce marqueur ici de celui là-bas ? Là où aucune différence n'est démontrable, le marqueur reste anecdotique.
Niveau 2 Répétabilité sérielle : Le marqueur se répète lors de rencontres structurellement similaires, indépendamment du lieu géographique, du cours de la journée ou de l'état affectif initial. Cette répétition n'établit pas de causalité institutionnelle au sens strict, mais elle rend l'explication institutionnelle la plus plausible parmi les hypothèses concurrentes, à condition que l'anxiété sociale générale, les sédiments somatiques d'expériences antérieures et l'attente auto-réalisatrice aient été sérieusement examinés.
Niveau 3 Lisibilité partagée : Le marqueur n'est pas seulement accessible par introspection, mais il est reconnu dans l'Assembly par d'autres corps avec une calibration comparable. Cette lisibilité partagée remplace l'exigence de mesure objective par l'exigence de plausibilisation collective. Elle n'est pas moins rigoureuse que la mesure, mais elle est située différemment : elle
n'examine pas la conformité à une norme externe, mais la convergence des perceptions situées.
Ce n'est que lorsque les trois conditions sont réunies que le marqueur somatique est considéré comme une unité exploitable au sein du protocole ECL. Si une condition manque, le marqueur est noté comme un indicateur possible, mais non plausibilisé, et reste dans le journal somatique comme une hypothèse ouverte, et non comme une lecture assurée. Cette structure à trois niveaux n'est pas une stratégie de sauvegarde contre le scepticisme académique. C'est le mécanisme qui empêche l'ECL de dégénérer en auto-confirmation : un protocole qui accepte tout état corporel comme indicateur n'est pas un protocole, mais une propagande.21
La théorie, dans ce travail, n'est pas un toit, c'est un sol. Pas une voûte protectrice au-dessus de la pratique, mais le matériau à partir duquel le corps opère. Les chapitres suivants ne déploient pas un canon théorique additif, ils construisent un réseau conceptuel dont les nœuds s'activent mutuellement : corps et pouvoir, violence épistémique et hégémonie interprétative, incarnation comme forme de savoir, pratique artistique comme intervention. Ce qui suit n'est pas un aperçu. C'est une construction.
.ﻟﻢ ﯾﻜﻦ ﺟﺴﺪي ﯾﺘﻨﻘﻞ ﺑﯿﻦ أﻣﺎﻛﻦ ﺑﻞ ﺑﯿﻦ أﻧﻈﻤﺔ ﻟﻘﺮاءة اﻷﺟﺴﺎد
Il n'y a pas de connaissance de nulle part22. Cette phrase n'est pas modeste, elle est précise. La prétention à une vue d'ensemble neutre est elle-même une opération de l'Architecture de l'Apparence : elle génère de l'autorité en rendant invisible le lieu de l'énonciation et en déguisant son propre point de vue en une forme universelle de la raison. Ce qui passe pour de l'objectivité est le plus souvent la voix qui n'a pas besoin d'expliquer d'où elle vient.23
Ce travail l'explique. Non pas comme une confession, mais comme un instrument méthodique. Koweït, As-Suwayda, Allemagne. Ces trois lieux ne sont pas des étapes de vie, ce sont trois ordres de lisibilité différents à travers lesquels le même corps a été codé, examiné et classifié de manière toujours nouvelle. Au Koweït, le corps était celui d'un enfant de travailleur immigré : administrativement toléré, culturellement marqué. En As-Suwayda, il était Druze dans un État en déliquescence : lisible ethniquement, suspect politiquement. En Allemagne, il est Migrant, Arabe, Musulman, un corps qui, dans les administrations, les établissements d'enseignement et
les musées, est constamment examiné quant à son appartenance. Chacun de ces ordres a abordé le corps différemment, aucun ne l'a laissé inchangé.
اﻟﻤﮭﺎﺟﺮ ﻻ ﯾﻨﺘﻘﻞ ﻣﻦ ﻣﻜﺎن إﻟﻰ ﻣﻜﺎن ﯾﻨﺘﻘﻞ ﻣﻦ ﺗﻌﺮﯾﻒ إﻟﻰ ﺗﻌﺮﯾﻒ اﻟﺠﺴﺪ ھﻮ اﻟﺜﺎﺑﺖ اﻟﻮﺣﯿﺪ ﻓﻲ ھﺬه اﻟﻤﻌﺎدﻟﺔ
As-Suwayda, juillet 2025 : cette indication de temps n'est pas un ajout biographique. Elle témoigne de la thèse de ce travail dans sa forme la plus extrême. Ce qui s'est passé en juillet 2025 à As-Suwayda n'était pas seulement une violence physique, c'était une violence précédée d'un pré-formatage numérique systématique. La Commission d'Enquête Internationale Indépendante sur la République Arabe Syrienne a documenté pour toute la période « des niveaux élevés de discours de haine et de désinformation, principalement diffusés via les médias sociaux »24. Dès avril 2025, de fausses vidéos, montrant à tort une personnalité druze attaquant le prophète Mahomet, avaient déclenché des violences sectaires dans les banlieues de Damas, une répétition infrastructurelle de ce qui allait suivre en juillet. Le simulacre a devancé la réalité et l'a rendue possible.25
Des civiles ont filmé les corps des tués. Non pas comme documentation au sens journalistique. Mais comme un acte anti-simulacre : le retour du corps matériel, blessé, défiguré, intraduisible, dans un régime qui l'avait déjà remplacé par son double numérique. Dans ce contexte, l'archivage forcé inversé ne signifie pas résistance par la visibilité. Il signifie résistance par l'intolérabilité : le corps revient sous une forme que le système ne peut ni lisser, ni archiver, ni exploiter. Ce n'est pas l'image qui l'emporte sur le simulacre, c'est l'incontrôlable qui l'emporte sur le contrôlable.
Ce moment ne peut être lu séparément du contexte saxon. Il en est l'extrême historique mondial : la même opération fondamentale, remplacer le corps par un double gérable, dans sa forme la plus mortelle. Ce qui est décisif, ce n'est pas la somme de ces expériences, mais leur structure : elles n'ont pas créé de lieu d'arrivée stable. C'est précisément l'expérience de ne jamais se fondre complètement dans un ordre d'apparence qui empêche la fausse réconciliation avec ses catégories et maintient ouverte la friction méthodique d'où découle la connaissance. Être « out-of-place » dans cet horizon ne signifie pas une lacune. Cela signifie une protection contre l'assimilation de la pensée à l'ordre qu'elle doit critiquer.
Les récits généalogiques de la famille al-Harfouch n'apparaissent pas dans ce contexte comme une preuve d'origine, ils opèrent comme un contre-archive. Le souvenir des migrations après l'effondrement du barrage de Ma'rib, transmis au sein de la famille, n'est pas une histoire profonde ornementale. C'est une réfutation du « temps de nulle part », cette fiction d'une Historia Universalis neutre et linéaire qui force tous les événements dans une grille synchronisée et traite la mobilité comme une déviation de la sédentarité normalisée. Contre cette grille, l'opacité généalogique de la famille oppose une autre temporalité : une stratification d'interruptions, de pertes, de départs et de retours. L'origine n'apparaît pas ici comme une source singulière, mais comme une relation superposée et donc comme un modèle pour une épistémologie qui ne considère pas la contingence comme un problème, mais comme une condition de la connaissance.
Shahba (Philippopolis) 2011. La participation aux manifestations et l'incarcération qui a suivi ne sont pas un ajout biographique dans ce travail, elles marquent la formation d'une épistémologie
carcérale.26 Le pouvoir a cessé à ce moment d'être un concept abstrait. Il a été inscrit dans le corps comme technologie d'enfermement, de contrôle, de privation et de lisibilité, non comme un traumatisme à surmonter, mais comme la calibration d'un instrument qui opère depuis lors. Ce sensorium enregistre dans les institutions allemandes la même logique sous sa forme douce : l'administration qui gère l'origine. Le musée qui expose l'altérité. L'algorithme qui réduit les corps à des points de données exploitables. La disciplinarisation, la mauvaise adresse et l'accessibilité sélective n'apparaissent pas comme des irritations isolées, mais comme des variations du même ordre.
La migration vers l'Allemagne en 2015 n'est pas, dans ce contexte, un nouveau départ, c'est l'entrée dans un nouveau régime épistémique. La langue allemande ne fonctionne pas dans ce travail comme un médium de communication transparent. Elle est une scène de confrontation épistémique : la prétention de la langue scientifique allemande à intégrer tous les concepts pertinents dans sa propre grille est ici systématiquement brisée. L'arabe ne désigne ni un pont ni un espace de transit. C'est une zone opératoire d'opacité, où est rejetée la contrainte selon laquelle la connaissance n'obtient validité que si elle se dissout entièrement dans la syntaxe et la politique conceptuelle de l'allemand. C'est pourquoi des termes comme
اﻟﺘﻤ ّﻜﻦ
ou
اﻟﻺﺻﻐﺎء
n'apparaissent pas dans ce texte comme des intrusions exotiques. Ce sont des ancres épistémiques, des concepts qui affirment, au sein du texte allemand, un espace conceptuel non assimilable. Leur fonction n'est pas d'être traduits, mais d'assurer leur intraduisibilité partielle comme condition d'une précision décoloniale. La phrase allemande n'en est pas étendue, elle est interrompue. Elle perd son évidence en tant qu'instance ultime de l'ordre conceptuel. C'est At-Tamakkun sous sa forme linguistique, et c'est le modèle de tout ce que ce travail réalise au niveau du corps, de l'espace et de l'institution.
Chemnitz, Dresde, Leipzig. Cette géographie n'est pas un contexte fortuit, c'est un laboratoire de la visibilité. Dans cette région, différents modes de perception publique, d'adressage institutionnel et de marquage social se condensent en un schéma reproductible : des regards qui enregistrent. Des distances qui s'ouvrent ou se ferment. Des interactions hésitantes aux seuils administratifs. Des accessibilités asymétriques qui se déguisent en nécessités organisationnelles. Ces données ne sont pas subjectives, elles sont le registre de preuve primaire de ce travail. La manière dont ce registre de preuve a été concrètement tenu est elle-même une décision méthodique et non une question de procédure neutre. Le journal somatique a constitué l'instrument d'enregistrement principal 27 : un petit carnet qui, après chaque contact institutionnel – non pas le soir, ni après des heures, mais dans les vingt minutes – était rempli de trois entrées prédéfinies : Qu'a fait le corps, non pas ce que la personne a dit : Quand exactement cela a-t-il commencé : lors de l'entrée, au premier regard, à la première phrase. Quand cela a-t-il cessé, ou si cela a cessé.
.اﻟﻠﻐﺔ اﻟﻌﺮﺑﯿﺔ ھﻨﺎ ھﻲ ﻗﻄﯿﻌﺔ ﻣﻘﺼﻮدة
De plus, des cartographies corporelles ont été réalisées : des esquisses rapides d'un contour corporel, sur lesquelles les lieux de tension, de chaleur, d'engourdissement et de repli étaient notés immédiatement après les rencontres institutionnelles. Cette protocolisation spatiale rend visible que les marqueurs somatiques ne sont pas diffusément répartis dans le corps ; ils se sédimentent en des points spécifiques qui, avec le temps, se condensent en une topographie reconnaissable de la violence institutionnelle. Lorsque l'écriture était trop lente, un enregistrement vocal de trois minutes maximum remplaçait le carnet de notes. La voix elle-même, sa tension, son tempo, ses ruptures, fait partie des données.28 Cette forme d'enregistrement n'est pas une méthode d'introspection. C'est un protocole de la surface extérieure : ce que le corps a enregistré à sa limite, et non ce que l'on suppose derrière.
ﻗﺒﻞ أن ﺗُﺼﺎغ اﻟﻜﻠﻤﺔ ﻗﺒﻞ أن ﯾ ﱠ .ُﻘﺮر اﻟﺸﻌﻮر ﻛﺎن اﻟﺠﺴﺪ ﯾﻜﺘﺐ ﺗﻘﺮﯾﺮه ﺑﻠﻐﺘﮫ اﻟﺨﺎﺻﺔ
Non pas en tant qu'illustration de théories déjà établies, mais en tant que témoignages somatiques et spatiaux où la violence de la lisibilité institutionnelle se concrétise. L'empreinte de la pratique performative d'Isabel Lewis affine cette approche méthodologique. Lewis ne conçoit pas le corps comme un objet de représentation, mais comme un médium de réorganisation sociale et épistémique29. Ici, la chorégraphie ne se juxtapose pas à la théorie en tant que forme esthétique, elle est une condition d'une production de savoir qui dépasse les régimes oculocentriques. En combinaison avec la situation biographique de ce travail – migration, multilinguisme, épistémologie carcérale, frictions institutionnelles en Allemagne de l'Est – émerge une position de recherche qui ne décrit pas de l'extérieur, mais opère de l'intérieur : un corps qui n'est pas entièrement chez lui dans les architectures qu'il analyse, et c'est précisément pourquoi il peut interrompre leurs prétentions à l'évidence. La situation biographique est ainsi la première opération d'une critique, et non son antécédent. Elle déplace le corps de la position de l'objet lu à celle du sujet lisant, enregistrant et intervenant.30
L'insistance de Haraway sur le savoir situé constitue ici la prémisse méthodologique : le savoir ne parle jamais de nulle part, il émerge de positions entrelacées du corps, du pouvoir et de l'histoire. Ce travail ne nomme pas sa position pour s'excuser. Il la nomme parce que la précision de l'analyse dépend de la précision de la localisation.31
Il convient ici d'anticiper une objection méthodologique, qu'il ne faut pas contourner mais à laquelle il faut répondre directement. L'objection classique est la suivante : si le corps est à la fois le médium, l'archive et l'argument, qui alors vérifie le corps ? La boucle de la connaissance
ne se referme-t-elle pas sur elle-même ? La réponse honnête est la suivante : la boucle est en effet plus serrée que dans les designs de recherche déductifs32, et cette circonstance exige des conditions explicites de plausibilisation, non une défense de la clôture. L'ECL opère donc avec trois conditions sous lesquelles le protocole doit être considéré comme échoué :
Plausibilisation par la différence dans les contextes de contrôle. Si le même marqueur somatique (tremblement, décalage respiratoire, épuisement) apparaît avec la même intensité, durée et qualité dans des situations structurellement comparables, mais plus symétriques en termes de pouvoir, par exemple lors d'une dispute privée, dans une situation de négociation exigeante mais plus égalitaire, ou dans un contexte physiquement éprouvant mais non classificatoire. Alors, la thèse d'une causalité spécifiquement institutionnelle ne peut être maintenue. L'ECL n'exige pas une absence totale dans les contextes de contrôle – ce qui serait une exigence irréaliste étant donné l'épistémologie carcérale et l'asymétrie pénétrante des espaces sociaux – mais une différence intersubjectivement compréhensible.
Plausibilisation par triangulation externe. L'assemblage ne fonctionne pas comme une communauté de confirmation, mais comme un correctif seulement s'il existe, en plus de l'espace central protégé, un second espace dans lequel des voix avec d'autres cadres théoriques, avec une biographie comparable et une lecture divergente de leur expérience, ou avec une perspective d'initié institutionnel peuvent apporter leurs lectures. Cette double structure – espace central protégé pour la consolidation, espace élargi pour la triangulation – n'est pas une contradiction au principe de l'espace sécurisé (Safer Space), mais son complément nécessaire : la sécurité sans friction devient une chambre d'écho33.
Plausibilisation par hypothèses concurrentes. Chaque marqueur somatique doit être examiné à l'aune d'au moins trois explications concurrentes : anxiété sociale générale, sédiments somatiques d'expériences antérieures non liées à l'institution actuelle, et attente auto-réalisatrice. Ce n'est que si ces alternatives n'expliquent pas suffisamment la configuration que la causalité institutionnelle est considérée comme la plus plausible, et non comme prouvée.
Ces trois conditions ne résolvent pas complètement le problème de la boucle fermée, car aucune méthode située ne peut le résoudre entièrement. Cependant, elles rendent le protocole vérifiable là où il était auparavant auto-validant. Haraway a précisé cette question : le savoir situé n'est pas moins objectif qu'un point de vue de nulle part34, à condition qu'il explicite les conditions de sa possible plausibilisation et révision.
.ﻻ أﺻﻞ ﻛﻞ طﺒﻘﺔ ﺗﻌﺘﻘﺪ أﻧﮭﺎ اﻷﺻﻞ ﺣﯿﻦ ﺗُﺰال ﺗﺠﺪ طﺒﻘﺔ أﺧﺮى ﺗﻌﺘﻘﺪ اﻟﺸﻲء ذاﺗﮫ
La question du lieu exige une autre précision, qui ne peut être évitée méthodologiquement. Le corps qui écrit ce travail est un corps masculin arabe. Cette détermination n'est pas évidente, elle est analytiquement nécessaire. Dans l'Architecture of Appearance européenne, le corps masculin arabe porte un double codage spécifique35 : Il est lu simultanément comme un risque sécuritaire et comme un sujet à la soumission. Ces deux projections se contredisent, et c'est précisément cette contradiction qui génère une forme particulière de friction institutionnelle. Le corps qui montre trop de compétence irrite, car il perturbe le récit de la soumission. Le corps qui en montre trop peu confirme l'image du risque. Il n'y a pas de juste mesure, car le problème ne réside pas dans le corps, mais dans l'insolubilité de la projection. At-Tamakkun opère précisément dans cette contradiction : non pas comme une solution, mais comme une sur-exécution stratégique de celle-ci.
l'accord n'est pas une évidence, il est analytiquement nécessaire. Dans l'Architecture of Appearance européenne, le corps masculin arabe porte un double codage spécifique35: il est simultanément lu comme un risque sécuritaire et comme devant se soumettre. Ces deux projections se contredisent, et c'est précisément cette contradiction qui génère une forme particulière de friction institutionnelle. Le corps qui fait preuve de trop de compétence irrite, car il perturbe le narratif de soumission. Le corps qui en montre trop peu confirme l'image du risque. Il n'y a pas de juste mesure, car le problème ne réside pas dans le corps, mais dans l'insolubilité de la projection. L'at-Tamakkun opère précisément dans cette contradiction : non pas comme une solution, mais comme une sur-réalisation stratégique de celle-ci.
ﻣﺆ ﱠﻛﺪ ﻻ ﻣﻘﯿﺎس ﺻﺤﯿﺢ ﻷن اﻟﻤﺸﻜﻠﺔ ﻟﯿﺴﺖ ﻓﻲ ﻟﺠﺴﺪ ﺑﻞ ﻓﻲ اﻹطﺎر: ﺧﻄﺮ إن أظﮭﺮت اﻟﻘﻠﯿﻞ:إن أظﮭﺮت اﻟﻜﺜﯿﺮ اﻟﺬي ﯾﻘﺮأه
La situation biographique inclut l'appartenance de classe. Ce corps n'est pas entré dans les institutions allemandes sans capital culturel ; formation, multilinguisme, compétence institutionnelle étaient présents. Cela ne modifie pas fondamentalement l'expérience de l'Architecture of Appearance, mais cela la module.
Un corps arabe sans ces ressources bute sur la même structure fondamentale, mais avec moins de possibilités d'utiliser At-Tamakkun comme stratégie. L'ECL doit nommer cette différence sans la hiérarchiser : l'expérience du corps sans capital culturel n'est pas moins valide comme source de connaissance, elle est calibrée différemment. Ce travail parle d'un corps spécifique avec des ressources spécifiques. Il ne revendique pas l'universalité de cette position. Le corps n'est pas un récipient. Il n'est pas un substrat neutre sur lequel le pouvoir laisse ses traces. Il est le médium par lequel le pouvoir devient opérable en premier lieu, et le médium par lequel il peut être interrompu.
Entre Damas 2011 et Leipzig 2024, il n'y a pas seulement une distance géographique, il y a un déplacement de la forme de la violence. À Damas, l'enfermement était physique : murs, serrures, contrôle corporel comme technique directe. À Leipzig, la même logique opère à travers les seuils administratifs, les adresses institutionnelles et les cadençages algorithmiques. Ce qui a changé, ce n'est pas l'opération fondamentale, mais sa surface. Le corps enregistre les deux comme des variations de la même fréquence. Ce n'est pas une métaphore ; c'est la base opérationnelle de l'épistémologie carcérale en tant que médium de perception calibré.
Judith Butler montre que le corps est constitué par des actes répétés de normes sociales – non pas façonné une seule fois, mais il émerge continuellement par sa constante répétition36. Michel Foucault complète la dimension temporelle par la dimension spatiale : la discipline agit le plus efficacement là où le corps commence à se réguler lui-même, là où la norme n'a plus besoin d'être imposée de l'extérieur, car elle a produit dans le corps même rythme et jugement37. Cette auto-régulation est la forme la plus cachée de la violence institutionnelle : elle est invisible, car le corps l'expérimente comme sa propre réaction. Frantz Fanon ajoute la dimension ontologique38.
Les ordres spatiaux coloniaux ne décident pas seulement qui peut se déplacer où ; ils décident qui peut exister en tant que sujet complet.
اﻟﺠﺴﺪ ﻻ ﯾﺤﻤﻞ اﻟﺘﺎرﯾﺦ اﻟﺠﺴﺪ ھﻮ اﻟﺘﺎرﯾﺦ اﻟﺘﺎرﯾﺦ اﻟﺬي ﯾﺘﺤﺮك وﯾﺘﻨﻔﺲ وﯾﺮﻓﺾ اﻟﺒﻘﺎء ﻓﻲ.اﻷرﺷﯿﻒ
L'espace est déjà divisé avant que le corps n'y entre : ce qui apparaît comme culture, ordre, danger ou déficit n'est pas une propriété du corps, mais un effet de la distribution spatiale. Le corps entre dans un espace qui a déjà fixé sa signification. Dans l'actuelle Architecture of Appearance, ces trois dimensions – performativité, discipline et ontologie spatiale – s'entremêlent pour former une unité opérationnelle. Le corps devient ici le Body as Glitch non pas par une décision consciente seule, mais par l'impossibilité structurelle de s'intégrer de manière transparente dans la logique de codage du dispositif. La fatigue, les tremblements et la désorientation ne sont pas, dans ce cadre, des signaux d'échec ; ce sont les marqueurs somatiques d'un corps qui opère sous la pression d'une lisibilité permanente.
Lire comme un témoignage corporel : Ces marqueurs ne documentent pas la vie intérieure du sujet, mais la violence opératoire de l'institution à la frontière du corps. Méthodologiquement, ce travail lit ces densifications somatiques avec une stratégie d'Opacité Décoloniale : Le corps est enregistré, analysé et utilisé comme un indicateur situé, sans le traduire en une disponibilité institutionnelle complète. Le corps reste à la fois instrument et archive – lisible pour lui-même, suffisamment opaque pour le régime qui souhaite l'archiver à nouveau.
.ﻣﺎ ﺗﻌﻠّﻤﮫ اﻟﺠﺴﺪ ﺗﺤﺖ اﻟﻀﻐﻂ ﯾﻤﻜﻦ أن ﯾُﻌﺎد ﺗﻮﺟﯿﮭﮫ ﻟﯿﺲ ﺿﺪ اﻟﺠﺴﺪ ﺑﻞ ﺿﺪ اﻟﻀﻐﻂ
Un cadre théorique qui ne nomme pas ses contradictions internes n'est pas un cadre, c'est un décor. Les tensions suivantes ne sont pas résolues. Elles sont maintenues ouvertes comme des surfaces de friction productives.
Foucault conçoit le corps comme une surface sur laquelle le pouvoir inscrit ses codes. La discipline précède le corps, le façonne, le produit. Il n'y a pas de corps avant la norme, seulement le corps qui naît de la normalisation. Fanon répond à une autre expérience : le corps colonisé n'est pas seulement un effet du pouvoir, il porte une capacité de résistance qui précède et survit à la colonisation. La question n'est pas : Qui a raison ? La question est : Quelle relation au corps l'ECL exige-t-elle ? L'ECL ne choisit ni le corps passif de Foucault ni le corps autonome de Fanon. L'ECL conçoit le corps comme un système réactif, façonné par le pouvoir et capable de la même reconnaître, mémoriser et interrompre stratégiquement cette formation. Le corps comme instrument de connaissance sensorielle
n'est ni surface ni sujet, il est un médium de perception qui lit pendant qu'il est lu.39
Le droit à l'opacité de Glissant exige le droit de ne pas être entièrement compris – le retrait de la contrainte de transparence comme un acte souverain. La performativité de Butler, en revanche, exige une répétition stratégique : la résistance ne naît pas du retrait, mais du léger décalage au sein de la répétition. L'opacité se retire. La performativité demeure et décale. At-Tamakkun est la réponse d'ECL à cette tension : il opère simultanément avec les deux. La sur-exécution du code institutionnel est la répétition stratégique de Butler, avec l'opacité de Glissant à l'intérieur. Le corps répète le code jusqu'à l'épuisement de l'autre, sans révéler son propre intérieur.
.ﺻ ِ ّﻤﻤﺖ اﻵﻟﺔ ﻻ ﯾُﻔﺴﺪھﺎ ﯾُﻔﺴّﺮھﺎ ُ اﻟﻌﻄﺐ ﻓﻲ اﻵﻟﺔ ﯾﻜﺸﻒ ﻛﯿﻒ
Russell célèbre le glitch comme un potentiel libérateur, l'erreur dans le système comme un lieu de nouveau départ, comme une ressource queer et décoloniale. Said met en garde : la représentation n'est pas un terrain de jeu, c'est un champ de pouvoir où toute visibilité est à la fois une exposition et une appropriation potentielle. Le glitch est-il une libération ou un piège ? ECL répond : Le glitch n'est ni une libération ni un piège, c'est un indicateur méthodique. Il provoque le système à exécuter visiblement sa violence cachée. La course du personnel de sécurité au Grassi n'est ni un triomphe ni une défaite. C'est un témoignage corporel.40
Le pouvoir façonne le corps – c'est ce qu'a montré le chapitre précédent. Ce qui n'a pas encore été montré : le pouvoir décide aussi quelles formes de connaissance corporelle peuvent être considérées comme du savoir. C'est une autre opération, et elle porte un autre nom.
La violence épistémique ne commence pas par l'exclusion du savoir41. .
ًﺗﺒﺪأ ﻗﺒﻞ ذﻟﻚ ﺑﺘﺤﺪﯾﺪ و إﻋﺘﻤﺎد ﻣﺎ ﯾﻌﺪّ ﻣﻌﺮﻓﺔً أﺻﻼ
Une voix est classée comme émotionnelle. Une affirmation comme particulière. Un corps comme informatable institutionnellement. Ces classifications ne sont pas des jugements sur le contenu ; ce sont des opérations d'une architecture qui structure le champ du reconnaissable avant qu'aucun contenu ne puisse apparaître. Dans le musée ethnographique, cette architecture se matérialise spatialement. Les objets sont retirés de leurs contextes d'action sociale, isolés dans des vitrines et objectivés en des expositions muettes d'une généalogie occidentale. Le musée ne fonctionne pas comme un lieu de conservation neutre ; il fonctionne comme un algorithme analogique42 : il trie les corps et leurs artefacts en zones de visibilité, décide de la lisibilité et du mutisme, et produit par ce tri une hégémonie interprétative qui se déguise en science. Ce qui se trouve dans la vitrine n'a pas été trouvé, mais placé.
اﻟﺨﺰاﻧﺔ اﻟﺰﺟﺎﺟﯿﺔ ﻻ ﺗﺼﺮخ ﻟﻜﻨﮭﺎ ﺗﻌﻠﻦ .ﺼﻨﺎ اﻵن ّ ھﺬا اﻟﺸﻲء ﯾﺨ
La forme de ce placement est une violence infrastructurelle. L'algorithme numérique répète cette opération à une vitesse accrue43. Qu'un objet soit classifié dans une vitrine ou un corps mesuré dans une base de données – l'opération de base est la même : la catégorisation de l'autre à des fins d'extraction de valeur. Le musée et la plateforme ne partagent pas seulement une analogie structurelle, ils partagent une matrice coloniale. ECL reconnaît cette continuité phygitale et intervient à l'interface, où les actes administratifs et les profils numériques menacent de supplanter le corps physique. L'histoire universelle opère avec la même logique au niveau du temps44. Elle postule la totalité et le sens, impose un ordre téléologique linéaire à la contingence de l'histoire et marginalise systématiquement les temporalités qui ne se conforment pas à
cette grille. L'historien universaliste ne trouve pas l'unité de l'histoire, il la fonde. Ce récit totalisant masque l'intraduisibilité fondamentale de concepts culturels clés, profondément enracinés dans une tradition particulière mais présentés comme universels. Cet acte de fondation est une violence infrastructurelle : il monopolise les conditions de la représentation légitime et rend invisible la construction de cette monopolisation en la présentant comme une découverte.
اﻟﺘﺎرﯾﺦ اﻟﻜﻮﻧﻲ ھﻮ اﻟﺘﺎرﯾﺦ اﻟﺬي ﻧﺴﻲ أﻧﮫ وﺟﮭﺔ ﻧﻈﺮ
L'hégémonie interprétative, dans ce contexte, n'est pas seulement l'accès au savoir ; c'est le pouvoir de fixer la forme sous laquelle quelque chose peut même apparaître comme savoir. ECL répond à l'architecture invisible de la reconnaissance en établissant des infrastructures de savoir souveraines qui n'attendent pas de reconnaissance institutionnelle pour valider leur propre pertinence. La violence épistémique décide de ce qui compte comme savoir. Qui décide de ce qui compte comme Autre ? C'est la même question, mais posée de l'autre côté.
Das Andere n'est pas, dans ce travail, un contenu essentiel, c'est une position structurelle. Une zone au sein de l'Architecture de l'Apparence, où la différence n'existe pas en tant qu'entité ontologiquement indépendante, mais comme une asymétrie gérée : observée, classifiée, traduite en visibilité – juste assez pour confirmer la centralité du sujet hégémonique.
اﻵﺧﺮ وظﯿﻔﺔ,اﻵﺧﺮ ﻟﯿﺲ ﺷﺨﺼﺎ
Dans le dispositif muséal, cette position se manifeste comme le « Savage Slot », terme de Michel-Rolph Trouillot pour la place assignée à l'Autre au sein des systèmes de savoir occidentaux : mutisme, infériorité, fixation. La vitrine est la forme spatiale de ce slot. Elle institutionnalise l'exclusion en la présentant comme une exposition – comme un savoir sur l'Autre qui ne reconnaît pas l'Autre lui-même comme un sujet de savoir.45 .
ﻛﻮﻧﮭﺎ اﻟﻤﺘﺤﻒ ﻋﻦ اﻟﺸﻲء ّ اﻟﺰﺟﺎج ﻻ ﯾﺤﻤﻲ اﻟﺸﻲء اﻟﺰﺟﺎج ﯾﺤﻤﻲ اﻟﻔﻜﺮة اﻟﺘﻲ
Edward Said montre comment cette opération fonctionne au niveau de la représentation : le musée produit l'Autre par une technologie épistémique de représentation qui le fixe comme un objet immobilisé, lisible et gérable. L'orientalisme n'est pas
seulement une collection de fausses images, c'est une infrastructure de pouvoir qui entrelace indissociablement le savoir et la domination. Ce qui est représenté devient gérable. Ce qui est gérable peut être représenté. La gouvernance algorithmique actualise cette infrastructure. L'Autre n'est plus seulement exclu, il est mécaniquement inclus dans des surfaces surveillées et des profils représentés qui décomposent sa présence complexe en représentations quantifiables. La plateforme reproduit le Savage Slot en temps réel : la différence est admise tant qu'elle peut être traduite en motifs de données exploitables46. La performance The T(AA)CHE de Sobukwe Mapefane, Hammam Alawwam et Adam Harfouch intervient directement dans cette logique. Le corps noir et arabe dans le White Cube n'est pas un symbole, c'est un perturbateur : une tache vivante qui déchire la surface stérile de l'ordre spatial colonial. Les murs blancs suggèrent une neutralité universelle ; le corps réfute cette suggestion par sa simple présence. Et les langues sesotho et arabe accomplissent la même opération au niveau du sens : elles produisent une opacité algorithmique qui confronte le sujet occidental à ses propres limites épistémiques. Là où l'hégémonie interprétative ne possède pas le code, elle s'effondre. La non-lisibilité n'apparaît pas à ce moment comme un défaut, mais comme une ressource de résistance.
اﻟﺘﺮﺟﻤﺔ ھﻲ اﻻﺳﺘﺴﻼم اﻷول اﻷرﺷﻔﺔ ھﻲ اﻻﺳﺘﺴﻼم اﻟﺜﺎﻧﻲ ﻣﺎ ﯾﻘﺎوم اﻻﺛﻨﯿﻦ ﯾﻘﺎوم اﻟﺴﻠﻄﺔ..ﻓﻲ ﺟﻮھﺮھﺎ
L'opacité fonctionne ici comme une technique de protection nécessaire, qui préserve la complexité du corps de l'extraction épistémique et empêche que la lisibilité institutionnelle ne se transforme en un dispositif mortel d'isolement et de fixation. L'héritage personnel, le souvenir du barrage de Ma'rib, l'histoire de la famille al-Harfouch – tout cela opère comme une contre-archive face au temps linéaire des institutions occidentales. La migration n'est pas une lacune dans le parcours de vie, c'est une temporalité supérieure qui démasque le temps institutionnel comme violemment raccourci. Cette approche n'est pas une profondeur de champ qui reste inaccessible à l'épistémologie purement occidentale parce qu'elle serait exotique, mais parce qu'elle rend visible le caractère construit de l'universalité depuis un lieu situé en dehors de son évidence.
اﻟﻤﺘﺤﻒ ﯾﺴﺘﻐﺮق ﻗﺮﻧﺎ ً ﻟﯿﻘﺮر ﻣﺎذا ﯾﻌﺮض اﻟﺨﻮارزﻣﯿﺔ ﺗﺴﺘﻐﺮق ﻣﯿﻠﻲ ﺛﺎﻧﯿﺔ ﻟﺘﻘﺮر ﻣﻦ ﯾﻈﮭﺮ .اﻟﻤﻨﻄﻖ واﺣﺪ اﻟﺴﺮﻋﺔ ﻓﻘﻂ ﺗﻐﯿّﺮت
Les plateformes numériques ne stabilisent pas le présent par la seule visibilité, mais par la logique d'archive ; la présence doit être traduite en signaux reconnaissables, en formats standardisés et en structures de données interopérables pour pouvoir circuler. Ce qui réagit rapidement, suscite une excitation affective et peut être catégorisé proprement, bénéficie d'une probabilité d'apparition accrue. Ce qui hésite, reste contradictoire ou se soustrait à la décodification immédiate, diminue dans le régime de priorisation algorithmique. Le corps ne peut apparaître que dans la mesure où il peut être converti en schémas lisibles, comparables et gérables. Cette logique répète le Savage Slot sous une forme actualisée. Un exemple précis de ce mécanisme est fourni par la modération algorithmique des contenus en langue arabe sur les plateformes numériques. Des études documentent une suppression systématique des voix palestiniennes et arabes sur Instagram et Facebook : les publications sont automatiquement bloquées, les comptes sont restreints sans justification et les hashtags en arabe sont masqués des résultats de recherche, tandis que des contenus comparables dans d'autres langues restent circulables.47 L'algorithme ne décide pas par une discrimination explicite, mais par la pondération des données d'entraînement48 qui codent structurellement certains corps, langues et formes d'expression comme des signaux de risque.49 C'est l'Architecture de l'Apparence dans sa forme numérique la plus pure : non pas l'interdiction ouverte, mais la réduction silencieuse de la probabilité d'apparition.50 Techniquement, le corps peut être présent, il est simplement rendu invisible.51 Michal B. Ron a précisément analysé cette logique de la participation algorithmique à l'exemple de l'art contemporain. Dans son analyse de la Likeconomy, elle distingue entre les modèles où le public laisse une trace indexicale qui transforme la
multiplicité des participations en capital quantitatif, et les pratiques qui n'accumulent ni ne circulent. Ron nomme ainsi précisément la différence que l'ECL opère au niveau du corps : non pas la création de marqueurs circulables, mais le refus souverain de la conversion en signaux exploitables. L'économie du like est la forme esthétique de l'Architecture de l'Apparence, le Corps comme Glitch en est l'interruption structurelle. Un point qui n'a pas encore été explicitement nommé : le double numérique atteint l'institution avant que le corps ne l'intègre.52
Dans le contexte des procédures d'asile numérisées, des bases de données policières et des pré-classifications algorithmiques, le corps est confronté à une instance qui le connaît déjà, ou croit le connaître. Le dossier, le profil, la classification des risques : ce ne sont pas des documents d'accompagnement du corps. Ce sont ses prédécesseurs. Ils structurent ce qui est perçu avant que le visage n'ait été vu. Cela crée une nouvelle forme d'impossibilité : le corps ne doit pas seulement se rendre lisible, il doit corriger une image de lui-même qu'il ne connaît pas et ne peut pas voir. La Présence non codée ne répond pas à ce problème par la transparence, ni par la divulgation du corps « vrai » face à sa distorsion numérique. Elle répond par une présence si corporelle, si étendue dans le temps et si contradictoire qu'elle ne réfute pas l'image préconçue, mais la submerge. Le corps qui marche lentement. Le corps qui se tait quand la rapidité est attendue. Le corps qui répond en arabe quand l'allemand est attendu. Ces gestes ne sont pas des perturbations de la communication, ils sont le retour de la matière contre le simulacre.
اﻷرﺷﯿﻒ اﻟﺮﺳﻤﻲ ﯾﺨﺘﺎر ﻣﺎ ﯾﺤﻔﻆ اﻟﺠﺴﺪ ﯾﺤﻔﻆ ﻣﺎ ﻻ ﯾﺴﺘﻄﯿﻊ إﺳﻘﺎطﮫ اﻻﺳﺘﺤﺎﻟﺔ ھﻲ اﻷﻣﺎﻧﺔ
La reconnaissance faciale biométrique dans les procédures d'asile numériques, telle qu'expérimentée au Danemark et aux Pays-Bas, effectue la même opération à un autre seuil. Les algorithmes calibrés avec des données d'entraînement majoritairement ouest-européennes produisent systématiquement des taux d'erreur plus élevés pour les visages du Sud global. L'échec n'est pas une erreur technique ; c'est la continuation numérique de cette logique de classification qui utilisait la vitrine dans le musée ethnographique et le dossier dans la bureaucratie comme instruments de lisibilité. Le corps est remplacé par son double algorithmique avant même de pouvoir parler. Il ne circule pas comme une présence vivante et polyphonique, mais comme un simulacre de sa propre calculabilité. La Présence non codée répond à ce régime en attaquant la logique de codage elle-même.
Le corps ne se soustrait pas, il reste présent. Mais sous une forme qui refuse le formatage algorithmique : épuisé, multilingue, affectivement condensé, contradictoire. Cette présence bloque la conversion de l'être en signaux exploitables et contraint le système à opérer aux limites de sa propre capacité de codage.
As-Suwaida, juillet 2025 : La plateforme n'y fonctionnait plus comme un médium de circulation, mais comme une infrastructure opérationnelle de production d'ennemis. Les discours de haine en ligne, les appels sectaires coordonnés et la désinformation visuelle ont créé une image d'ennemi préfabriquée, qui a circulé plus rapidement comme double numérique que toute preuve matérielle. Le corps druze fut réduit à quelques marqueurs mortels, transféré dans une hyperréalité où le simulacre devenait plus puissant que le corps lui-même. L'archivage forcé inversé (Reverse Forced Archiving) fut la contre-opération : des civiles ont filmé les corps des tués et ont distribué les enregistrements non pas comme documentation, mais comme acte anti-simulacre. Le corps blessé, défiguré, mort a confronté le double circulable et a détruit sa prétention à parler en son nom. Le lien structurel avec le complexe NSU est précis : là aussi, le pouvoir opérait par la production d'un corps de substitution, d'un corps suspect, qui circulait plus rapidement administrativement et médiatiquement que le témoignage corporel opprimé.
Baudrillard objecterait : il n'y a pas d'échappatoire à l'hyperréalité par une image circulant au sein de cette hyperréalité. La vidéo du corps mort à As-Suwaida circule sur les mêmes plateformes que l'image de l'ennemi. Elle est filtrée, priorisée, dévalorisée par le même algorithme. Elle ne produit pas un anti-simulacre. Elle produit un autre simulacre – celui de la victime qui mobilise le camp opposé. C'est l'objection la plus forte contre le Reverse Forced Archiving. Et elle mérite une réponse directe.
L'ECL ne répond pas au niveau de la circulation, mais au niveau de la formattabilité. Le simulacre de Baudrillard suppose que le signe peut être entièrement dissocié de son référent. La chair blessée, défigurée, morte d'un corps spécifique, avec un nom spécifique et un souffle spécifique qui n'est plus, résiste à cette déconnexion non pas par son poids symbolique, mais par son refus d'être compressible. Un algorithme peut estomper un terme politique ou catégoriser un visage. Il peut ralentir l'intensité d'un corps qui revient sous sa forme la plus insupportable, mais il ne peut pas l'aplanir. L'ingérable ne triomphe pas par la représentation. Il triomphe par la friction : par le temps que le système met à le traiter, et pendant lequel il a déjà été vu. Judith Butler ne soutient pas, dans "Precious Life", qu'il existe un "réel" en dehors de la représentation, mais que les cadres par lesquels un corps peut apparaître comme digne de deuil peuvent se briser. C'est précisément là qu'opère l'archivage forcé inversé : non pas comme une rupture avec la réalité, mais comme une rupture dans le cadre. Le bug contraint le système à opérer sa propre logique de sélection. Ce n'est pas un triomphe. C'est une fenêtre de temps. Et les fenêtres de temps sont le matériau à partir duquel le Reverse Forced Archiving travaille.53
Il existe une différence entre le savoir sur le corps et le savoir par le corps. La première approche traite le corps comme un objet d'étude – en tant que système biologique, construit culturel ou surface de projection politique. La seconde conçoit le corps comme l'instrument par lequel la connaissance devient possible. Ce travail opère exclusivement dans le second mode. .
اﻟﻤﻌﺮﻓﺔ اﻟﺘﻲ ﻻ ﺗﺴﻜﻦ اﻟﺠﺴﺪ ﻻ ﺗﻌﺎش
L'insistance d'Haraway sur la connaissance située constitue ici la base méthodologique : le savoir ne parle jamais de nulle part. Il émerge dans des entrelacs spécifiques de corps et de pouvoir, ancré dans des conditions matérielles, relationnelles et historiques qui ne peuvent être abstraites sans compromettre la capacité de connaissance elle-même. Le corps n'est donc pas un obstacle à l'objectivité, il en est la condition. En tant qu'instrument de connaissance sensoriel, le corps enregistre ces présignaux de pouvoir54 qui sont systématiquement absents des protocoles officiels et des archives gouvernementales : la dureté du seuil, les densifications du regard, les adresses asymétriques et les cadences temporelles.55
.اﻟﺠﺴﺪ ﯾﺘﺬ ّﻛﺮ ﻣﺎ ﺗﺤﺬﻓﮫ اﻷرﺷﯿﻔﺎت اﻟﺮﺳﻤﯿﺔ
Ces enregistrements ne se traduisent pas immédiatement en théorie abstraite, ils se sédimentent en tant que traces corporelles. Le tonus musculaire, le déplacement respiratoire, le tremblement et la vigilance sont
non pas des catégories résiduelles privées, mais des marqueurs protégeables d'un appareil perceptif sous pression institutionnelle56. L'expérience de devoir naviguer entre différents ordres linguistiques, culturels et institutionnels génère une sensibilité épistémique spécifique57 – un affûtage pour les pertes de traduction et les illisibilités qui restent invisibles au sein d'un seul ordre. Cette approche n'est pas un avantage des marginalisés en tant que tel ; elle est le résultat d'un calibrage spécifique par des expériences historiques qui ont rendu le corps sensible à des fréquences de pouvoir auxquelles les recherches standardisées ne réagissent pas. Dans le cadre de l'ECL, le corps devient ainsi le sujet de connaissance souverain58. Son incodabilité – fatigue, friction, douleur, contradiction – n'est pas un déficit, mais une forme de témoignage plausibilisée59, en référence au concept de « Glitch Feminism » de Legacy Russell : des indicateurs situés d'une réalité analogique résistante qui échappe à la représentation numérique complète et rend ainsi visible la violence infrastructurelle de l'Architecture of Appearance pour ce qu'elle est : une construction qui masque sa propre constructivité.60 .
اﻟﻐﻠﯿﺘﺶ ھﻮ اﻟﻠﺤﻈﺔ اﻟﺘﻲ ﯾﻜﺸﻒ ﻓﯿﮭﺎ اﻟﻨﻈﺎم ﻛﯿﻒ ﯾُﻔ ّﻜﺮ ﺣﯿﻦ ﻻ ﯾُﻔ ّﻜﺮ ﻓﯿﮫ
L'incarnation comme forme de connaissance – telle est la thèse théorique. Ce qui en découle est une question pratique : comment cette forme de connaissance devient-elle une intervention ? Non pas : comment est-elle décrite ? Mais : comment est-elle mise en œuvre ?
Au Grassi Museum, le corps tremblait. Le tremblement était la microréaction musculaire à la perturbation de l'adéquation entre le corps et la logique de classification institutionnelle : le moment où le système ne pouvait pas classer le corps et où le corps enregistrait cette incapacité du système. Le tremblement n'était pas une réaction privée, c'était un indicateur situé. La visibilisation de la violence épistémique s'accomplit par le transfert conscient d'asymétries structurelles au niveau physique. Le corps enregistre
et matérialise la violence exercée par les institutions et les algorithmes, non pas symboliquement, mais corporellement. Les questions sur l'origine « réelle », la marque répétée de la compétence linguistique comme exception, les désavantages dans la recherche d'un logement ou les candidatures, la réduction des sujets migrants au savoir d'origine : Prises isolément, ces situations apparaissent comme des épisodes banals. Dans leur répétition en série, elles fonctionnent comme un témoignage corporel que l'appartenance est gérée institutionnellement et que le corps est continuellement examiné pour sa lisibilité, son adéquation et sa déviance. L'ECL détermine sept marqueurs somatiques comme des indicateurs situés d'un protocole méthodologique incarné :
Le tremblement est la microréaction musculaire à la perturbation de l'adéquation entre le corps et la logique de classification institutionnelle. Il apparaît au moment précis de l'acte de classification, non pas à l'entrée dans l'espace, et crédibilise ainsi la causalité institutionnelle comme la plus probable parmi les hypothèses concurrentes.
Le déplacement de la respiration marque ces moments d'archivage forcé où la présence vivante est soumise à une pression administrative et doit être compressée en une forme fixable. Densification, arrêts, aplatissement de la respiration : chacune de ces modulations enregistre l'empiètement d'une opération administrative sur la musculature profonde.
Le tonus musculaire sédimente les rencontres institutionnelles comme une topographie somatique. La tension de l'audition de 2011 se manifeste lors de la consultation du professeur ; la raideur épaule-nuque au guichet administratif réapparaît dans l'interface algorithmique. Le tonus est l'archive lente qui survit aux marqueurs rapides.
L'épuisement enregistre le coût énergétique d'une lisibilité permanente. La conformité n'est pas une adaptation neutre, mais une consommation continue de capacité vitale. C'est le reçu pour l'effort nécessaire pour sur-remplir le code sans se trahir.
L'hypervigilance transforme le corps en un medium de perception calibré pour les relations de pouvoir asymétriques. Regards, distances, duretés de seuil, micro-gestes sont enregistrés avec une précision accrue, bien avant que la conscience discursive ne suive.
Le mouvement de retrait désigne le marqueur corporel de cette limite jusqu'où les ordres institutionnels tolèrent la présence incarnée avant de basculer dans l'exclusion. Le léger recul, le fait de se détourner l'épaule, le fait de réduire involontairement la silhouette : chacun de ces mouvements est une mesure du seuil de tolérance de l'espace.
Le déplacement vocal révèle que même la voix et la tonalité sont recodées sous la pression de l'adresse normative. Changements de ton, baisse de volume, changements de langue, hésitations, pauses, silences : ils rendent audible la tension entre la lisibilité exigée et l'opacité stratégique. Persister dans cette tension génère du bruit dans le système et refuse sa prétention à une prévisibilité lisse. .ﻟﻢ ﯾﻜﻦ ﺧﻮﻓﺎ ﺑﻞ ﻗﯿﺎﺳﺎ دﻗﯿﻘﺎCes sept marqueurs ne doivent pas être psychologisés dans le cadre de l'ECL. Ils n'illustrent pas la vie intérieure du sujet, ils rendent lisible corporellement la violence opérative de l'institution à la limite du corps – non pas mesurable au sens positiviste, mais lisible au sens de marqueurs plausibilisés de manière intersubjective. Le corps ne se documente pas lui-même, mais la violence de l'espace, de l'administration, du cadencement algorithmique, précisément là où le dispositif simule la neutralité.
L'Actionnisme Viennois offre ici une référence historique qui dépasse l'esthétique. Lorsque Günter Brus, peint en blanc et divisé par un trait noir, a traversé le centre-ville de Vienne en 1965 et a été arrêté par la police, il n'a pas utilisé son corps comme un symbole, il l'a utilisé comme un témoignage. La réaction policière à la « rupture de la loi » du corps incodable a fourni la preuve empirique de la constitution violente de la normalité. C'est exactement cette logique qui se déroule au Grassi : la réaction du personnel de sécurité n'est pas le problème, elle en est le résultat. Le Body as Glitch invite le système à rendre visible sa violence cachée. La course est l'analyse. La critique d'Amin Maalouf sur les identités meurtrières renforce cette constatation. La violence escalade là où l'individu est réduit à une seule appartenance affectivement chargée et contraint à une autodéclaration univoque. Les régimes muséaux et algorithmiques opèrent précisément cette restriction : le corps comme code lisible, comme marque d'origine stable, comme apparence proprement classifiable. Le Body as Glitch est la forme de défense consciente contre cet appauvrissement identitaire, le refus de transposer une existence plurielle, multilingue, déplacée situationnellement dans une seule grille. L'opacité est la technique de protection nécessaire.61
Le témoignage performatif fonctionne différemment du témoignage discursif. Il n'attend pas de reconnaissance, il la force. .
اﻟﺠﺴﺪ ﻻ ﯾﺸﻜﻮ اﻟﺠﺴﺪ ﯾﺸﮭﺪ اﻟﺸﮭﺎدة ﻟﯿﺴﺖ ﻣﺴﺄﻟﺔ ﻣﺸﺎﻋﺮ
Le corps marginalisé entre dans l'espace qui lui est structurellement refusé, rendant ainsi évidente la logique excluante de cet espace : non par l'argumentation, mais par le contraste entre l'attente normée de l'espace et la présence corporelle désordonnée du corps intervenant. Dans un musée ethnographique, cela signifie : si le corps non-européen n'est pas dans la vitrine, mais dans le White Cube – non comme un objet, mais comme un sujet –, alors la logique excluante de l'espace devient visible, sans qu'il soit nécessaire de la nommer. Le corps fonctionne comme une « tache » : une présence qui démasque la prétendue neutralité de l'institution comme un acte violent en y apparaissant sans demander permission. La stratégie d'auto-exposition produit ce témoignage par un mécanisme précis : le corps provoque le système à exécuter sa violence cachée sur le corps exposé. La violence n'est pas décrite, elle est exécutée. Et au moment de son exécution, elle devient visible, documentable et analysable. Ce n'est pas une provocation pour la provocation ; c'est un protocole chorégraphique qui invite l'institution à exécuter sa logique opératoire de manière corporellement lisible, et dans ce dévoilement, son fonctionnement devient lisible. Au musée Grassi, cela s'est manifesté précisément par la réaction de poursuite du personnel de sécurité face à la présence incodable. .
ﻟﻢ أﺣﺘﺞ ﻧﻈﺮﯾﺔ اﺣﺘﺠﺖ ﺣﺎرﺳﺎ ً ﯾﺮﻛﺾ اﻟﺮﻛﺾ ﻗﺎل ﻛﻞ ﺷﻲء ﻗﺒﻞ أن أﻛﺘﺐ ﻛﻠﻤﺔ
Ce moment n'est pas une anecdote, c'est un témoignage corporel : l'espace, qui se présente comme neutre, a révélé sa véritable fonction par son réflexe de contrôle. La disharmonie entre l'attente normée et désincarnée et la présence sensuelle et imprévisible a déchiré le refoulement. Le corps est devenu un nœud épistémique qui n'a pas critiqué la logique de l'exclusion, mais l'a fait exploser.
. اﻟﻤﻘﺎطﻌﺔ ﺗﻜﺴﺮ ﻗﻀﺒﺎﻧﮫ,اﻟﻨﻘﺪ ﯾﺼﻒ اﻟﺴﺠﻦ
Il y a une différence cruciale entre l'art qui critique le pouvoir et l'art qui interrompt le pouvoir. La critique opère à l'intérieur du cadre ; elle nomme, analyse, questionne. L'interruption intervient dans le cadre lui-même : elle sabote l'infrastructure par laquelle le sens est produit et la visibilité distribuée. ECL n'est pas une critique. ECL est une interruption. Cette distinction est méthodologiquement cruciale. Si les pratiques artistiques incarnées doivent agir comme des interventions épistémiques, elles ne doivent pas simplement produire des récits alternatifs ; elles doivent attaquer les conditions dans lesquelles les récits sont reconnus comme légitimes. C'est une opération différente. Elle exige des outils différents. ECL synthétise quatre outils opérationnels :
Témoignage corporel : S'inspirant des procédures de cartographie corporelle, l'expérience incarnée est comprise comme une forme de témoignage autonome qui rend lisibles les couches affectives et sédimentées que les formats de recherche dominants excluent systématiquement. ECL radicalise cette approche : la sueur, l'épuisement, le tremblement, les mouvements de retrait sont des indicateurs situés de cette violence du dispositif que les ordres institutionnels du savoir désincarnent habituellement. . اﻹرﺗﺠﺎف وﺛﯿﻘﺔ, اﻹرھﺎق ﺷﮭﺎدة,اﻟﻌﺮق دﻟﯿﻞ
L'Assemblée : La connaissance n'est pas considérée ici comme la propriété d'un sujet autonome, mais comme le résultat d'une assemblée située et d'un examen relationnel. L'Assemblée libère le corps de son isolement et le transfère dans une infrastructure collective d'articulation – analogue aux programmes d'études décoloniaux comme Amawtay Wasi, mais avec un accent spécifique sur l'Architecture of Appearance, à la fois physique et digitale.
Illisibilité stratégique : Par l'opacité et le Body as Glitch, la contrainte institutionnelle de traduction est sabotée. La tromperie consciente de l'horizon d'attente plonge le spectateur dans une dissonance cognitive ; l'échec planifié de la lisibilité stéréotypée ébranle la confiance aveugle dans la supériorité des catégories hégémoniques.
Écoute incarnée : Le corps est conçu comme un médium de réception relationnelle, la connaissance est liée à la résonance et à la réactivité plutôt qu'à la maîtrise. L'intraduisible n'est pas surmonté, mais supporté. La combinaison de ces quatre outils crée ce qui distingue ECL des autres pratiques décoloniales : une infrastructure de sabotage qui n'opère pas de manière réactive,
mais structurelle ; non pas contre les manifestations individuelles du pouvoir, mais contre l'Architecture of Appearance dans son ensemble.
Les Safer Spaces ne fonctionnent pas comme des refuges harmonieux, mais comme des espaces de conflit assumés, où la répartition inégale de la vulnérabilité n'est pas nivelée, mais négociée comme une condition épistémique. ECL n'est pas une proposition isolée. Elle s'inscrit dans une généalogie transnationale de la production de savoir décolonial : avec Sippel et Jiménez dans l'activation subversive du Body Mapping, avec Amawtay Wasi dans l'intégration des incarnations subalternes dans les programmes universitaires, avec l'accent de Md Mahedi Tanjir sur la performance indigène comme systèmes de savoirs autonomes. Ces convergences ne sont pas des affinités, elles sont le passage de l'intervention artistique singulière à une école collective et méthodiquement opérante.62 .
ﺣﯿﻦ ﺗﺘﻘﻦ ﻟﻐﺘﮭﻢ أﻛﺜﺮ ﻣﻨﮭﻢ ﻻ ﯾُﺼﺒﺤﻮن ﺳﻌﺪاء ﯾُﺼﺒﺤﻮن ﻣﺘﻮﺗﺮﯾﻦ اﻟﺘﻮﺗﺮ ھﻮ اﻟﮭﺪف
ECL n'est pas née dans le vide.
أﯾﻦ ﻧﺸﺄت ﻣﻤﺎرﺳﺘﻚ؟ ﻓﻲ ﻛﻞ ﺟﺴﺪ ﺳﺒﻘﻚ ورﻓﺾ أن ﯾﻜﻮن ﻗﺎﺑﻼً ﻟﻺدارة
Elle est née d'une confrontation avec une généalogie transnationale de la production de connaissances décoloniales, et cette généalogie est méthodologiquement pertinente, pas seulement contextuelle. Avec Sippel et Jiménez, ECL partage l'activation subversive du Body Mapping comme résistance épistémique : le corps non pas comme une carte de ses blessures, mais comme un instrument de leur analyse. Là où le Body Mapping lit la cicatrice comme un point de donnée, ECL lit le tremblement comme un protocole méthodologique. La différence ne réside pas dans la méthode, elle réside dans la radicalisation : ECL refuse le cadre thérapeutique et insiste sur le cadre analytique. Amawtay Wasi, le projet universitaire interculturel autochtone en Équateur, montre comment les formes de savoir incarnées peuvent être intégrées dans les programmes universitaires sans perdre leur souveraineté épistémique. Le défi n'est pas l'intégration, c'est la prévention de l'absorption. ECL aborde ce défi comme un problème structurel : comment une pratique opère-t-elle au sein des institutions universitaires sans être domestiquée par elles ? At-Tamakkun est la réponse : l'infiltration contrôlée plutôt que l'intégration.
اﻟﺤﻮت ﻻ ﯾﻌﺮف أﻧﻚ ﺗﻌﯿﺶ ﻓﻲ ﺑﻄﻨﮫ ھﺬا اﻟﺠﮭﻞ ھﻮ ﻣﺴﺎﺣﺔ اﻟﻌﻤﻞ ﻟﻜﻨﮫ أﯾﻀﺎ ً ﺣﺪوده
L'étude de Md Mahedi Tanjir sur les pratiques indigènes de théâtre et de performance au Bangladesh en tant que systèmes de connaissance décoloniaux articule un retrait épistémique des codifications coloniales – une stratégie qui se matérialise dans ECL pour perturber l'Architecture of Appearance en tant que matrice régulatrice. La performance indigène n'est pas ici un héritage culturel, c'est une technique de connaissance opérationnelle. Le concept de Daniel dos Santos Colin sur les corporéités dissidentes et le projet Decolonizando Práticas Cênicas montrent comment le corps fonctionne comme un acteur perturbateur au sein des espaces hégémoniques – non par la protestation, mais par le refus d'une lisibilité sans faille. Ce refus est le principe unificateur : le Corps comme Glitch comme pratique transnationale qui effectue la même opération fondamentale dans différents contextes. Ces convergences ne constituent pas une parenté lâche, elles marquent le passage de l'intervention artistique singulière à l'école collective et méthodiquement opérante. ECL fonctionne au sein de cette constellation non pas comme une application des pratiques mentionnées, mais comme leur prolongation opérationnelle dans le contexte spécifique des architectures phygitales de l'apparence : là où les dossiers bureaucratiques et les profils algorithmiques interagissent pour remplacer le corps par son double gérable.63
اﻟﺘﻮاطﺆ ﻟﯿﺲ اﺗﻔﺎﻗﺎ ً اﻟﺘﻮاطﺆ ھﻮ أن ﯾﺼﻞ ﻋﺪة أﺟﺴﺎد إﻟﻰ ﻧﻔﺲ اﻟﺮﻓﺾ ﻣﻦ طﺮق ﻣﺨﺘﻠﻔﺔ
Ce qui distingue l'ECL de ces pratiques n'est pas l'originalité pour l'originalité. C'est une configuration spécifique qui n'est présente dans aucune des pratiques mentionnées individuellement. Le Body Mapping chez Sippel et Jiménez travaille avec la cicatrice comme point de donnée, mais il y a une dimension thérapeutique. ECL refuse le cadre thérapeutique et insiste sur l'analytique. Le corps n'est pas un patient. C'est un chercheur. Amawtay Wasi intègre les savoirs incarnés dans les structures académiques, mais il opère dans un contexte de communautés autochtones défini géographiquement et culturellement. ECL opère dans le contexte de la migration, de l'architecture phygitale et du paysage institutionnel allemand. Le transfert n'est pas évident, c'est le problème méthodologique. L'accent mis par Tanjir sur la performance autochtone en tant que système de savoir est épistémiquement apparenté, mais il conçoit la performance comme une préservation. ECL conçoit la performance comme une intervention : non pas la préservation de quelque chose d'existant, mais la production de quelque chose qui n'existerait pas sans l'intervention.
En aurait été. La spécificité de l'ECL réside dans la combinaison : l'architecture phygitale comme cadre d'analyse, l'épistémologie carcérale comme instrument de calibration, At-Tamakkun comme principe d'opération et le paysage institutionnel de l'Allemagne de l'Est comme laboratoire. Cette combinaison n'est pas transférable sans adaptation. Et c'est précisément ce qui en fait une méthode plutôt qu'un modèle.
L'arabe et le sesotho sont restés non traduits – non par accident, mais par méthode. Dans ce moment d'intraduisibilité est apparu quelque chose de précis : la souveraineté d'interprétation s'est effondrée. Le système, si sûr de sa compétence de lecture, était confronté à une aporie. Et dans cette aporie, est apparu ce qui reste autrement caché : la construction de la supériorité. ECL n'opère pas par la production de nouvelles visibilités. Elle opère par la culture méthodique du glitch. Alors que l'Architecture of Appearance est basée sur des flux de données sans erreur et des identités claires, le Glitch Body rompt la logique algorithmique de la prévisibilité – non par confrontation, mais par incompatibilité structurelle. Cette illisibilité stratégique opère dans le sens du droit à l'opacité d'Édouard Glissant : le refus de l'exigence violente d'une transparence totale. L'opacité protège les identités plurielles et multilingues de la réduction par le regard colonial – non par l'invisibilité, mais par une indisponibilité contrôlée.64 La voix dans le Grassi fonctionnait simultanément comme un bouclier et une flèche : comme un bouclier, car elle bloquait l'appropriation épistémique immédiate ; comme une flèche, car elle perçait la surface muséale et forçait l'institution à révéler sa violence cachée.
.ﺣﯿﻦ ﻻ ﯾُﻔﮭﻢ اﻟﺼﻮت ﻻ ﯾﺨﺘﻔﻲ ﯾﻜﺒﺮ ﻓﻲ اﻟﻤﺴﺎﺣﺔ اﻟﺘﻲ ﯾﻨﺘﺠﮭﺎ ﻋﺪم اﻟﻔﮭﻢ
L'Actionnisme viennois a historiquement fait la même chose sous une forme plus radicale. Günter Brus a réduit le corps dans ses actions matérielles à de la chair, des fluides et des affects incontrôlés – à une matérialité qui échappait complètement à la lisibilité bourgeoise. Le système a réagi par la répression juridique, et cette répression était la preuve : l'illisibilité n'est pas une impuissance ; c'est une menace précise pour les systèmes qui tirent leur pouvoir d'une classification sans faille. Dans la performance décoloniale contemporaine, l'illisibilité se déplace de la matérialité abjecte vers la souveraineté linguistique et corporelle. L'utilisation de langues non occidentales dans The T(AA)CHE n'est pas un simple refus de communication ; c'est une aporie stratégique qui inverse radicalement le Savage Slot : l'Occident, si sûr de sa souveraineté d'interprétation,
Se croyait capable de comprendre les langues des sujets qui reviennent. L'analphabétisme forcé frappe le sujet hégémonique, pas le marginalisé.
Un espace sûr qui évite les conflits n'est pas un espace sûr ; c'est une simulation de sécurité qui reproduit les asymétries de pouvoir qu'il devrait protéger. Au sein de l'ECL, l'espace sûr désigne le contraire : un espace qui non seulement autorise la dissension, mais la crée et la supporte structurellement, car la dissension est la condition épistémique dans laquelle les savoirs marginalisés peuvent être produits. L'Assemblée réalise cet espace par trois mécanismes opérationnels : Asymétrie structurée : Ce mécanisme n'équilibre pas la répartition inégale des vulnérabilités par des illusions d'égalité, mais par une désignation explicite et un équilibrage ciblé. Celui qui risque le plus reçoit plus de protection – non par privilège, mais par protocole. Co-présence basée sur des règles : Elle sécurise l'espace contre l'extraction verbale. Des protocoles obligatoires de prise de parole protègent l'opacité de l'individu au sein du groupe et empêchent que ce qui est dit en dehors de l'espace ne soit utilisé comme preuve. Cycle de savoir circulaire : Ce mécanisme positionne les personnes concernées comme des productrices de savoir actives. Leur non-concordance avec les récits officiels n'est pas considérée comme un problème de crédibilité, mais comme une ressource épistémique.
Dans ce cadre, le Corps Glitch déploie sa pleine fonction épistémique. Ce qui serait lu comme un défaut ou un trouble à l'extérieur apparaît ici comme une interruption productive de la grammaire hégémonique. L'espace fonctionne comme une infrastructure de non-intégration : il permet la présence sans adaptation, la participation sans apaisement sémantique et la connaissance sans approbation institutionnelle. La non-adéquation n'est pas reconnue ici comme un problème ; elle est conçue comme une condition de la légitimité épistémique. At-Tamakkun opère dans cet espace d'une manière spécifique : non pas comme une infiltration du code normatif vers l'extérieur, mais comme une pratique collective d'autodétermination souveraine vers l'intérieur. L'espace agonistique est le lieu où At-Tamakkun n'est plus une stratégie individuelle, mais une posture partagée – une Coexistence Without Closure, qui ne réduit pas la différence à la réconciliation, mais crée les conditions infrastructurelles et somatiques
pour rester capable d'agir dans la différence. L'illisibilité interrompt le système. Mais l'interruption n'est pas une fin ; c'est un moment. Qu'est-ce qui vient après ce moment ? Comment une interruption devient-elle une infrastructure ?
L'espace n'est jamais neutre dans l'ECL. Il est la distribution matérielle de la visibilité, de l'accessibilité et de l'autorité – la forme sédimentée des décisions institutionnelles concernant qui est autorisé à apparaître comme sujet contemplatif et qui est transformé en objet observé. La pratique spatiale intervient précisément à ce niveau : non pas comme une réorganisation décorative, mais comme une intervention active dans la distribution des droits perceptifs. Le passage de la modération à l'hébergement n'est pas une subtilité terminologique. La modération gère le discours, le déroulement et le sens depuis une position extérieure ; elle organise la participation sans fondamentalement abolir la différence hiérarchique entre la direction et la participation. L'hébergement, en revanche, décrit une pratique où les conditions de la rencontre ne sont pas imposées à l'espace, mais portées de manière incarnée avec les personnes présentes. La position d'hôte ne garantit pas une primauté interprétative ; elle maintient ouvertes les relations, les températures, les transitions et les vulnérabilités de la situation. L'agency circule à travers la présence physique partagée des participants, au lieu de résider dans une instance modératrice. Dans le projet « ELEPHANT », en collaboration avec Isabel Lewis au Kunstraum Mitte, Berlin, cette logique fut vérifiée en pratique. Le matériel historique n'a pas été géré de manière muséale, mais réactualisé de manière incarnée dans des formats de répétition ouverts. L'espace n'a pas fonctionné comme un réceptacle d'une histoire déjà établie, mais comme une infrastructure opérationnelle où la résonance affective, le mouvement et la co-présence ont réorganisé les conditions du savoir lui-même. Le contrôle curatorial s'est effondré, l'épistémique est devenu un événement collaboratif. Le positionnement spatial et l'architecture de la pièce sont les exercices concrets par lesquels cette réorganisation est opérationnalisée. Les participants se positionnent physiquement dans l'espace par rapport à des énoncés conflictuels ; la configuration spatiale rend le désaccord visible et négociable, sans forcer un consensus. L'environnement physique est réorganisé collectivement : l'espace est créé comme une infrastructure co-produite dans l'exécution de la rencontre. Pour reprendre les termes d'Edward Said, il s'agit d'une « lutte pour la géographie » – et cette lutte n'est pas menée avec des arguments, mais avec des corps, le souffle, les tremblements et l'épuisement. 65
Ce qui suit n'est pas une critique. C'est une lecture chorégraphique, une analyse de ce qui s'est passé dans l'espace, non pas de ce qui était intentionné. Lieu : White Cube. Présents : Sobukwe Mapefane, Hammam Alawwam, Adam Harfouch. Le public : majoritairement blanc, majoritairement familier avec l'art, majoritairement allemand. Minutes un à trois : Silence. Trois corps dans l'espace, debout, non posés. Le public attendait un début. Le début était déjà là : les trois corps dans le White Cube étaient l'événement. Non pas ce qu'ils faisaient, mais qu'ils étaient là.
La première réaction somatique dans le public : un léger re-positionnement des corps. Certains se penchèrent en avant. D'autres en arrière. Ce mouvement n'était pas une réaction à quelque chose de vu, c'était le traitement corporel d'un dysfonctionnement des attentes. Le dispositif s'attendait à un format. Il reçut une présence. Minute quatre : Chant en arabe. Pas fort, mais avec une corporéité qui transformait l'espace. Ce qui s'est passé dans le public : ceux qui comprenaient l'arabe – leurs corps se sont légèrement détendus. Une reconnaissance : je suis interpellé. Ceux qui ne comprenaient pas l'arabe – leurs corps ont montré une réaction caractéristique : la tête légèrement inclinée, le regard flou. C'est la forme corporelle de la tentative de comprendre ce qui échappe à la compréhension. Ces deux réactions corporelles différentes dans le même espace au même moment : c'est l'Architecture of Appearance dans sa forme visible la plus pure. Le même son, deux systèmes de lisibilité différents. Le moment décisif : quand le personnel de sécurité est entré dans la pièce. Ce qui avait été encadré comme une performance jusqu'alors, fut recadré à ce moment comme un problème institutionnel. Le mouvement du personnel de sécurité, la course citée dans l'abstract de ce travail, n'était pas une réaction excessive. C'était l'affirmation la plus précise de ce que l'institution voit réellement quand elle voit un corps qui reste indéchiffrable : une menace pour l'archivabilité. La performance ne s'est pas terminée avec la course. Elle s'est terminée par la course elle-même devenant une partie de la performance, sans que personne ne l'ait décidé. L'institution s'était elle-même inscrite dans l'œuvre. C'est le protocole chorégraphique : le corps comme anomalie invite le système à rendre visible son opération cachée – non pas pour confirmer une thèse, mais pour se révéler. Ce qui fut révélé, ce n'était pas l'intention de personnes individuelles. C'était la logique structurelle d'un espace qui prétend à la neutralité et exerce un contrôle.
Le corps produit un témoignage corporel. Mais le témoignage seul ne change rien, il doit frapper l'architecture de l'apparence là où elle est vulnérable. C'est la tâche de la troisième partie.
ﯾﻦ ﻗﻠﺖ ﻣﺎ ﻻ ﯾُﻘﺎل ﺑﺎﻷﻟﻤﺎﻧﯿﺔ ﺑﺎﻟﻌﺮﺑﯿﺔ ﻟﻢ أﺗﻜﻠﻢ ﻣﻌﮭﻢ ﺗﻜﻠّﻤﺖ ﺿﺪ اﻟﺸﺮط اﻟﺬي ﯾﺠﻌﻞ اﻟﻠﻐﺔ اﻷﻟﻤﺎﻧﯿﺔ اﻟﺸﺮط .اﻟﻮﺣﯿﺪ ﻟﻠﻮﺟﻮد
Un corps individuel peut rendre la violence visible, mais il ne peut pas l'aborder structurellement. .
ﻟﻜﻦ اﻷﺟﺴﺎد ﻣﺠﺘﻤﻌﺔ ﺗﻨﺘﺤﺞ ﻣﻌﺮﻓﺔ ﺳﯿﺎﺳﯿﺔ,ﺟﺴﺪ واﺣﺪ ﯾﺸﮭﺪ
L'Assemblée est le passage de l'exposition individuelle à l'infrastructure épistémique collective : elle met à l'échelle le témoignage corporel du corps individuel en une contre-archive organisée qui s'oppose structurellement à la production étatique de non-savoir. Le complexe NSU démontre ce besoin avec une précision mortelle. La logique d'enquête de l'État ne produisait pas les proches des victimes comme des porteurs de connaissances pertinentes ; elle les produisait comme des corps suspects. Leurs déclarations étaient émotionnalisées, délégitimées et détournées vers un récit de « criminalité de milieu ». Le savoir des personnes concernées – précis, corporellement vécu et structurellement pertinent – fut systématiquement classé comme épistémiquement informatable. Cette classification n'était pas une erreur d'appréciation ; c'était l'Architecture of Appearance dans sa forme bureaucratique. L'Assemblée répond à cet échec par une double opération. Premièrement, elle crée le Safer Space nécessaire pour la consolidation interne : les personnes concernées, les militantes et les chercheuses se rassemblent dans un espace physique où les personnes concernées sont au centre pour parler, tandis que la société majoritaire est reléguée à la position d'écoute. Ce renversement n'est pas un geste symbolique, il modifie l'infrastructure épistémique de l'espace : qui est considéré comme source de savoir, qui écoute, qui évalue. Ensuite, l'Assemblée transfère ce savoir consolidé en une intervention publique stratégique. Ce qui a été élaboré dans un cadre protégé comme témoignage corporel et mémoire collective est transmis à la société urbaine par des formats de médiation ciblés – non pas comme un rapport de personnes affectées, mais comme une situation politique de données. L'Assemblée transforme les « objets d'enquête » en « sujets de savoir » et réalise ainsi de manière opérationnelle exactement ce que la production étatique du savoir avait structurellement empêché.
ّ ﻣﺮ ﺑﮫ ﻻ ﯾﺘﻌﺰﯾﺎن ﻓﻘﻂ ﯾﺆﻛﺪان أن ھﺬا ﻟﯿﺲ ﺻﺪﻓﺔ ّ ﺣﯿﻦ ﯾﺘﻌﺮف ﺟﺴﺪ ﻋﻠﻰ ﺟﺴﺪ آﺧﺮ ﻓﻲ ﻣﺎ ..
اﻟﺪوﻟﺔ ﻟﻢ ﺗﺨﻄﺊ ﻓﻲ ﻗﺮاءة اﻟﺸﮭﺎدات ﺑﻞ ﻗﺮأﺗﮭﺎ ﺑﺪﻗّﺔ و ﺗﺠﺎھﻠﺘﮭﺎ ﻋﻤﺪا
L'écoute incarnée est la forme pratique d'une lecture contrapuntique : les documents d'État ne sont jamais lus isolément, mais toujours en conjonction avec les rythmes refoulés des marginalisés – voix, souffle, hésitations, contradiction. La vérité n'apparaît pas ici par l'élimination des tensions, mais par leur gestion précise. Les réactions institutionnelles erronées deviennent également dignes d'archivage dans cette logique : l'épisode au musée Grassi montre de manière exemplaire comment une archive vivante est créée par la réaction de l'institution elle-même – par son impulsion de contrôle et son échec visible à gérer l'indétermination.
Le complexe NSU (2000–2011) n'est pas un exemple historique pour ce travail. C'est l'étude de cas paradigmatique de l'Architecture of Appearance dans sa forme bureaucratique. Ce que l'enquête d'État a produit n'était pas de l'ignorance. C'était un non-savoir activement produit.66 Les proches des victimes des meurtres furent systématiquement positionnés comme des corps suspects : leurs déclarations étaient émotionnalisées (elles seraient « trop proches »), leur témoignage délégitimé (elles seraient « partisanes »), leur savoir réinterprété (la criminalité de milieu comme cadre explicatif). Ce qui est précis dans ce mécanisme : il n'a pas eu besoin de mauvaises intentions de la part d'enquêteurs individuels. Il n'a eu besoin que d'une logique institutionnelle qui classifie structurellement le savoir migratoire comme épistémiquement informatable : comme trop émotionnel, trop particulier, trop intraduisible pour le cadre d'exigences de la production de savoir de l'État. C'est l'Architecture of Appearance dans le mode de la bureaucratie : non pas l'interdiction ouverte de parler, mais la production d'un cadrage à l'intérieur duquel ce qui est dit ne peut pas être considéré comme du savoir. Trois opérations structurelles peuvent être identifiées ici :
L'émotionnalisation comme délégitimation : Celui qui ressent trop de choses sait prétendument trop peu. Le savoir somatique des proches – leur corps savait ce que les dossiers ne disaient pas – a été lu comme un parti pris plutôt que comme une précision.
L'individualisation comme affaiblissement : Chaque cas a été traité isolément. La structure sérielle des meurtres, la même écriture, la même logique, a été systématiquement ignorée, car voir cette sérialité aurait nécessité une connaissance collective que l'institution ne reconnaissait pas.
L'archivage comme contrôle : Ce qui entrait dans le dossier déterminait ce qui existait. Ce que les proches disaient et qui n'entrait pas dans le dossier n'existait pas institutionnellement.
اﻟﺮد اﻟﻤﺒﺎﺷﺮ ﻋﻠﻰ ﻓﺸﻞ ﻣﺤﺪد ھﻮ أﻗﻮى اﻟﺮدود ﻷﻧﮫ ﻻ ﯾﺴﻤﺢ ﺑﺎﻟﺘﮭﺮب إﻟﻰ اﻟﻌﺎم
L'Assemblée est la réponse directe à ces trois opérations – non pas comme un format de commémoration, mais comme une contre-archive. Elle réagit à l'échec de la production étatique du savoir comme un correctif systémique, non comme un geste symbolique. Elle intervient là où le récit étatique laisse des lacunes, et préserve un savoir qui est systématiquement absent des documents officiels. Elle suit un processus circulaire en deux étapes : elle crée d'abord le Safer Space nécessaire à la consolidation interne des expériences – un espace dans lequel le savoir migratoire n'est pas traité comme une affliction, mais comme une situation politique de données. Ensuite, elle transfère cette densification en une visibilité publique stratégique. La réorganisation de la grammaire archivistique se déroule à trois niveaux : • Le déplacement du statut fait du savoir migratoire la principale source épistémique plutôt qu'une note marginale émotionnelle. • La subjectivation transforme les sujets autrefois objets d'enquête en instances d'analyse, en témoins d'une production souveraine de savoir. • La densité de la préservation préserve non seulement les déclarations, mais aussi la voix, le souffle, les hésitations, la contradiction : les marqueurs somatiques de l'instrument cognitif sensoriel, dans lesquels la vérité est produite corporellement.
Du paradigme historique à l'opération quotidienne
Le complexe NSU montre l'Architecture of Appearance à un extrême : meurtres en série, des décennies d'enquêtes, commissions d'enquête parlementaires. Cette dimension peut donner l'impression qu'il s'agit d'une constellation extraordinaire, d'une défaillance institutionnelle d'une ampleur historique, qui pourrait être traitée par la logique d'éclaircissement des institutions elles-mêmes. Cette interprétation sous-estime la thèse de ce travail. Les opérations qui, dans le complexe NSU, deviennent visibles au niveau de l'état d'exception ne sont pas extraordinaires. Elles sont la logique quotidienne de l'Architecture of Appearance bureaucratique, rendue visible par l'ampleur de son échec. Le cas suivant, anonymisé et documenté avec l'accord de la personne concernée, montre les mêmes trois opérations dans une situation routinière. Pas de structure d'acte sériel.
Pas d'enquête de plusieurs décennies. Un après-midi, un contrôle, un poste de police. C'est précisément là que réside sa valeur analytique : il montre que l'Architecture of Appearance n'a pas besoin d'un niveau d'escalade pour opérer. Elle opère dans la normalité. .
اﻟﻤﻨﮭﺞ اﻟﺬي ﻻ ﯾﻌﺘﺮف ﺑﻔﺸﻠﮫ ﻟﯿﺲ ﻣﻨﮭﺠﺎ ً ھﻮ دﻋﺎﯾﺔ
Un corps d'adolescent. Sur le chemin du retour. La sécurité assurée d'un trajet routinier, du rendez-vous avec une amie au domicile parental. Le contrôle a eu lieu sans motif identifiable par le corps. Pas d'explication, pas de justification. Une question : « D'où viens-tu ? » Cette question opère dans l'architecture de la bureaucratie à deux niveaux simultanément. Au niveau manifeste, elle interroge le trajet de la dernière heure. Au niveau latent, elle interroge le trajet des dernières générations. Lequel des deux niveaux est activé, la question ne le décide pas. C'est le corps qui l'entend et qui sait quelle réponse est attendue qui le décide. La police cherchait une autre personne. La seule caractéristique partagée : les boucles. C'est l'opération de l'Architecture of Appearance dans sa forme minimale. Une seule caractéristique visible suffit pour faire passer le corps de la catégorie « enfant rentrant chez lui » à la catégorie « suspect ». La personne spécifique disparaît derrière la classification. Ce qui reste, c'est un modèle de lecture qui a déjà lu le corps avant qu'il ne soit interpellé. Ce qui a suivi n'était pas une enquête au sens procédural. C'était une séquence d'opérations qui ont progressivement transféré le corps de sa libre disposition vers une disponibilité institutionnelle. Violence physique, coups. Déplacement spatial, heures au poste de police. Privation des tuteurs légaux, les parents n'ont pas été informés. Privation de l'intégrité physique, l'ordre de se déshabiller. Interrogatoire en l'absence de toute instance de protection, pas d'adultes qui auraient dû assister. Cette séquence n'est pas une escalade. C'est une traduction. Ce qui est traduit, c'est la personne en un corps gérable. Ce qui se trouve à la fin de la traduction, ce n'est pas la connaissance de la personne. C'est sa disponibilité totale pour le registre institutionnel.
.اﻟﺒﺮوﺗﻮﻛﻮل اﻟﺬي ﻻ ﯾﻌﺮف ﺣﺪوده ﻟﯿﺲ ﺑﺮوﺗﻮﻛﻮﻻً ھﻮ ﻧﻈﺎم إﯾﻤﺎن
Les sept marqueurs somatiques précédemment déterminés de l'instrument de connaissance sensorielle peuvent être reconstruits dans ce cas avec une densité qui exige une prudence méthodologique – précisément parce que la densité est si élevée ici. Trois points doivent être nommés à l'avance :
Le corps qui écrit n'était pas lui-même dans la situation. La reconstruction s'appuie sur le récit rétrospectif de la personne concernée, et non sur un enregistrement simultané. Ce qui rend la reconstruction plausible, ce n'est pas son immédiateté, mais sa concordance avec des schémas qui sont devenus lisibles en commun dans l'Assembly avec d'autres corps dans des conditions structurellement similaires.
Les hypothèses concurrentes doivent être nommées avant l'évaluation. Un corps de douze ans devant des policiers en uniforme ressent une anxiété sociale générale, qui n'est pas réductible spécifiquement à une classification racisante. Un corps ayant une histoire migratoire familiale peut porter des expériences sédimentées de rencontres antérieures. Un corps qui a appris à anticiper la discrimination dans certaines situations peut aussi en partie provoquer la réaction attendue. Ces trois explications ne réfutent pas l'interprétation structurelle, mais exigent qu'elles soient prises en compte comme cofacteurs, et non comme des perturbations à éliminer.
Ce qui rend l'interprétation structurelle plausible malgré ces réserves, c'est la configuration des marqueurs par rapport à la séquence de l'acte de classification – notamment le couplage temporel à la question de l'origine, la séquence spatiale des mesures de disposition et la permanence des conséquences relationnelles. Ce n'est pas un marqueur isolé qui rend l'interprétation plausible, mais son schéma.
• Tremblement : Nommé dans le rapport de la personne concernée comme une réaction vocale au moment de la question « D'où viens-tu ? ». Le tremblement remplit la condition de différenciation temporelle : il ne commence pas à la vue des uniformes, mais à la question classificatoire. Cette précision temporelle n'est pas à strictement parler une preuve de causalité institutionnelle, mais elle est cohérente avec l'hypothèse et ne peut être expliquée par la seule anxiété générale qui aurait commencé à l'apparition des agents.
• Déplacement respiratoire : Non nommé directement dans le rapport. Ici, l'honnêteté méthodologique ne permet que de marquer cela comme une hypothèse reconstructive, et non comme une donnée : L'archivage forcé de la situation implique structurellement un déplacement respiratoire, mais l'absence d'enregistrement direct exclut une évaluation dans le cadre du protocole. • Épuisement : Nommé dans le rapport comme un état après la situation. Plausibilisé par la durée de la rencontre (plusieurs heures) et par les coûts énergétiques de la conformité forcée. Le niveau 1 (différence contextuelle) n'est pas clairement rempli, car l'épuisement après plusieurs heures dans un poste de police surviendrait également sans classification institutionnelle spécifique. Ce qui soutient l'interprétation structurelle n'est pas l'épuisement lui-même, mais sa durée et sa conséquence relationnelle. • Fixation : Présent négativement dans le rapport, comme ce que le corps ne pouvait pas faire dans les conditions de disponibilité institutionnelle complète. Ce blocage est méthodologiquement intéressant : il montre que les marqueurs de l'instrument de connaissance sensorielle ne sont pas également disponibles dans toutes les situations. L'absence du marqueur n'est pas ici un indicateur en soi, mais une information sur la portée du protocole : dans des conditions d'asymétrie extrême, le niveau corporel lié à l'action échoue ; seul le niveau réactif reste enregistré. • Mouvement de retrait : Nommé dans le rapport sous sa forme relationnelle, comme un retrait de la confiance dans l'égalité formelle. Cette forme de mouvement de retrait remplit bien la condition de lisibilité partagée : elle est régulièrement reconnue dans l'Assembly avec d'autres corps ayant eu des rencontres structurellement similaires. Plausibilisé par la permanence de la trace, et non par l'unicité de la situation. • Hypervigilance : Nommée dans le rapport comme une conséquence, et non comme un marqueur pendant la situation. Méthodologiquement, l'hypervigilance ne doit pas être lue ici comme un indicateur situationnel, mais comme un indice de la calibration que cette rencontre a laissée, comme la genèse de l'épistémologie carcérale chez un corps plus jeune. • Déplacement vocal : C'est ici que se trouve le point analytiquement le plus précis. Nommé dans le rapport comme un tremblement de la voix, ce qui est lu dans le protocole somatique de cette thèse comme un marqueur de la tension entre la lisibilité exigée et l'opacité, mais dans le corps de dossier de la police comme une confirmation de suspicion. Cette double lisibilité de la même observation corporelle dans deux régimes de savoir incompatibles n'est pas un problème d'interprétation, mais la condition structurelle qui rend nécessaire un contre-archivage. C'est aussi le point où le protocole de lisibilité rencontre
sa limite : ce qui est plausibilisé comme marqueur d'un régime de savoir peut être lu par un autre régime de savoir comme preuve du contraire. Cette asymétrie ne peut être résolue par une rigueur méthodologique, mais seulement par une intervention infrastructurelle, par l'Assembly comme lieu où l'interprétation du corps concerné n'est pas annulée. Évaluation, plus précisément : Sur sept marqueurs, quatre peuvent être conciliés avec le protocole de lisibilité dans la configuration du cas (tremblement, déplacement vocal avec la restriction mentionnée, épuisement par la suite avec réserve, mouvement de retrait sous forme relationnelle), un marqué comme une hypothèse reconstructive (déplacement respiratoire), un lu dans la fonction de la genèse plutôt que de la situation (hypervigilance), et un est activement bloqué dans l'exécution (fixation). Cette répartition ne porte pas l'interprétation structurelle de la rencontre comme une preuve, mais comme l'hypothèse la plus plausible parmi les explications concurrentes. C'est l'exigence que ECL peut formuler, et l'exigence que ECL ne devrait pas dépasser.
Les trois opérations que le complexe NSU présente sous forme sérielle peuvent être observées sous forme compressée en cet après-midi précis :
L'émotionnalisation comme délégitimation : La double lisibilité décrite précédemment au marqueur de « déplacement de la voix » est l'opération d'émotionnalisation dans son exécution en temps réel. Ce qui pourrait être lu comme un indicateur situé est enregistré comme une amplification du soupçon. L'institution ne traite pas le savoir différemment de l'émotion, elle produit la classification « émotion » précisément là où le savoir corporel pourrait remettre en question sa propre logique.
L'individualisation comme invalidation : Le cas a été traité comme un événement isolé. Une confusion. Un contrôle de routine. Une clarification ultérieure. La question structurelle de savoir pourquoi une seule caractéristique suffit à franchir le seuil de l'enfant au suspect ne peut être posée dans ce cadre, car elle devrait prendre pour objet le modèle de lecture de l'institution elle-même. L'individualisation ne protège pas l'institution du cas isolé. Elle protège l'institution de la reconnaissance de sa propre sérialité.
L'archivage comme contrôle : Ce qui est entré dans le dossier était : un contrôle d'identité, une confusion, une clarification ultérieure. Ce qui n'est pas entré dans le dossier
était : les coups, la durée, le déshabillage, l'interrogatoire sans représentant légal, les heures pendant lesquelles personne ne savait où se trouvait le corps, et les sept marqueurs somatiques dans lesquels toute cette opération a été enregistrée. Ce qui n'existe pas institutionnellement, parce que non documenté sous forme de dossier, est l'opération réelle. Ce qui circule sous forme de dossier est son double gérable.
C'est dans ce décalage entre ce que le corps a enregistré et ce qui a été archivé que l'archivage forcé opère dans sa forme bureaucratique la plus pure. Ce n'est pas l'événement qui est archivé. C'est un corps de remplacement qui circule plus vite que l'événement et entre à sa place dans l'espace mémoriel institutionnel. C'est précisément ici que le protocole somatique de ce travail ne vient pas en complément du dossier, mais en concurrence avec lui – comme une archive alternative de la même rencontre, qui contient d'autres données et produit donc une autre vérité.
« Aujourd'hui, il ne fait plus confiance. Ni aux uniformes. Ni aux gyrophares. Ni à la promesse que tous seront traités de la même manière. » Cette phrase, formulée par la personne concernée, n'est pas une conclusion émotionnelle. C'est un énoncé épistémique. Ce qui a été inscrit dans le corps cet après-midi n'est pas un traumatisme qui aurait besoin d'être guéri. C'est une carceral epistemology dans sa genèse : le sensorium a été calibré. Il enregistrera désormais le pouvoir là où d'autres méthodes ne voient que des structures abstraites, dans les uniformes, les gyrophares, la promesse d'égalité formelle. Ce calibrage n'est pas réversible, car ce n'est pas une pathologie. C'est l'adaptation d'un médium de perception à la fréquence sur laquelle il doit opérer depuis cet après-midi. Ce que l'institution a archivé comme une procédure de routine a ouvert une autre archive dans le corps – une archive qui n'apparaît dans aucun dossier et qui peut précisément pour cette raison devenir la source primaire d'une production de savoir qui ne décrit pas l’Architecture of Appearance de l'extérieur, mais l'enregistre de l'intérieur.
Le complexe NSU et cet après-midi ne partagent pas la même ampleur. Ils partagent une grammaire. Dans les deux cas, l'Architecture of Appearance opère à travers les trois mêmes opérations : émotionnalisation, individualisation et archivage. Dans les deux cas, l'institution ne produit pas de savoir sur l'événement, mais un double de l'événement qui ne remet pas en question son propre fonctionnement. C'est précisément là que The Assembly intervient. Elle n'est pas un
format de traitement des cas individuels, ni un format de réparation des échecs historiques. C'est l'infrastructure dans laquelle la grammaire partagée de ces cas devient visible au-delà de la différence de leurs ordres de grandeur. Ce qui relie l'après-midi dans une ville saxonne au complexe NSU n'est pas une simple comparaison. C'est une répétabilité structurelle qui ne devient visible que lorsqu'elle est protocolée collectivement. Le passage du complexe NSU à As-Suwaida 2025 ne marque pas, dans cette logique, une continuité de contenu, mais une mutation infrastructurelle de la même violence épistémique : le remplacement du corps matériel par un double gérable. • Dans l'affaire NSU, l'Architecture of Appearance a opéré par la violence bureaucratique des dossiers ; elle a produit le corps suspect lentement et institutionnellement. • Lors du contrôle de police de cet après-midi, elle a opéré par l'archivage forcé en temps réel ; le corps suspect a été produit en quelques minutes, par un modèle de lecture plus rapide que l'enfant qui se trouvait devant les agents. • À As-Suwaida, elle a opéré par préformatage algorithmique : des bots, des comptes coordonnés et des vidéos générées par l'IA ont produit une image de l'ennemi circulable qui précédait et rendait possible la violence matérielle. Dans les trois cas, le corps a été remplacé par son double gérable. Dans les trois cas, l'Assemblée est la contre-opération : le retour du corps matériel, de sa voix, de son souffle et de son témoignage contre la domination du simulacre. Comment cette contre-opération se réalise dans l'exécution – ce qui se passe quand huit corps se réunissent sous une fréquence partagée de lisibilité institutionnelle et transfèrent leurs perceptions non pas dans un registre d'État, mais dans un protocole corporel – fera l'objet du chapitre suivant.
L'impuissance est souvent le résultat d'une objectivation statistique. La statistique RAA 2025 a livré le squelette quantitatif de la violence d'extrême droite en Saxe de manière précise, froide, anonyme. Les personnes concernées y apparaissaient comme des points de données. Leurs connaissances, leurs corps et leurs expériences étaient réduits à des chiffres et inscrits dans un registre à partir duquel des revendications politiques ne peuvent structurellement pas découler. Ce n'est pas une faiblesse de la statistique ; c'est sa fonction au sein de l'Architecture of Appearance. The Assembly intervient sur cette grille par une architecture à deux niveaux clairement définie :67
Renforcement interne dans un espace sûr : L'accent est mis sur la régulation somatique et le décodage des symptômes individuels comme savoir structurel. La statistique RAA n'est pas rejetée, elle est contextualisée par l'instrument de connaissance sensorielle : des récits sont développés en dehors du regard de l'État et les données sont validées par le témoignage corporel, sans risquer une retraumatisation. Le glissement est ici compris comme un acte de sabotage intentionnel – le point où la collaboration avec la métriisation institutionnelle est refusée.
Intervention publique : Les connaissances élaborées dans le Safer Space sont diffusées dans la société urbaine par le biais de formats de médiation ciblés. Des ateliers de transformation transforment les « données de points chauds » en revendications politiques adressées à la politique régionale saxonne. Le savoir migrant est implémenté durablement comme contre-infrastructure souveraine dans la politique, la science et la société – non pas comme rapports de victimes, mais comme intervention épistémique. Cette transformation est concrétisée dans la pratique par la série d'ateliers « Creative Tools » au centre de documentation du NSU Offener Prozess à Chemnitz. Partant du principe que la discrimination et la violence sont des expériences à la fois individuelles et collectives, ce format que j'ai conçu et dirigé offre un espace où le savoir migrant n'est pas contraint par la voie discursive, mais articulé par des médias artistiques – art, musique, vidéo. Le bilinguisme délibéré (arabe et allemand) de la série opère comme un outil décolonial : il brise l'hégémonie de l'allemand et permet la production de « souvenirs vivants » qui non seulement archivent le passé, mais construisent un avenir souverain.68 Au niveau de l'intervention macro-institutionnelle, l'Assemblée diffuse ces connaissances pour former un corps de dialogue social. Un exemple central est la série d'événements « C.munities » dans le cadre de Chemnitz 2025. Dans le format « Brückenbauen » que je dirige, l'Assemblée est élargie par un conseil consultatif dont l'objectif est de construire un réseau supra-partisan pour la participation et la cohésion. L'impuissance n'est pas seulement transformée par des médias artistiques, mais directement
traduite dans la construction de structures démocratiques durables – les perspectives marginalisées passent ainsi d'objet d'observation à actrices actives de la politique urbaine.69
Cette pratique correspond aux traditions narratives indigènes étudiées par Md Mahedi Tanjir, qui démontrent comment le savoir acquiert, par la répétition incarnée et le témoignage collectif, une infrastructure souveraine de validité qui dépasse le simple document étatique.70 Le Safer Space n'est pas un refuge harmonieux. C'est un espace de conflit productif où la dissension n'est pas éliminée, mais négociée structurellement. La sécurité ne naît pas de l'absence de tension, mais de sa négociation chorégraphiée. Cette chorégraphie permet au Glitch Body de transformer la froideur institutionnalisée de la statistique en pouvoir d'articulation politique : le point de données anonyme devient un sujet qui établit lui-même les règles de son apparition. L'impuissance se mue en une redistribution contrôlée de la vulnérabilité, de l'attention et du pouvoir d'interprétation.
"( ﻛﻤﺎ وﺛﻘﺖ ﻣﻨﻈﻤﺔ اﻟﻌﻔﻮ اﻟﺪوﻟﯿﺔAmnesty International) ( ﻓﻲ ﺗﻘﺮﯾﺮھﺎ ﺣﻮل ﻣﺮﻛﺰ ﺗﻮﺛﯿﻖNSU) ﻓﻲ ﻓﺈن اﻟـ، ﻛﯿﻤﻨﺘﺲAssembly وھﻮ ﯾﺘﺠﺎوز ﻛﻮﻧﮫ ﻣﺠﺮد ﺣﯿﺰ،ﯾُﻤﺜّﻞ ﻧﻘﻄﺔ اﻟﺘﻘﺎء ﺣﯿﻮﯾﺔ ﻟﻠﻤﺘﻀﺮرﯾﻦ ﻣﻦ اﻟﻌﻨﺼﺮﯾﺔ أوﺿﺢ آدم ﺣﺮﻓﻮش ﻟﻠﻤﻨﻈﻤﺔ اﻟﻮظﯿﻔﺔ اﻟﻤﻌﺮﻓﯿﺔ، وﻓﻲ ھﺬا اﻟﺴﯿﺎق.ﻣﻜﺎﻧﻲ ﻟﯿﺼﺒﺢ ﺑﻨﯿﺔ ﺗﺤﺘﯿﺔ وﺑﺮاﻣﺠﯿﺔ ﻓﺎﻋﻠﺔ ." ﻧﻄﻮر ﻣﻮﻗﻔﺎ ً ﯾﻤﻜﻨﻨﺎ ﻣﻦ ﺧﻼﻟﮫ أن ﻧﺼﺒﺢ ﻓﺎﻋﻠﯿﻦ ﻓﻲ اﻟﺤﺎﺿﺮ، "ﻣﻦ ﺧﻼل ﻓﮭﻢ ﻣﺎ ﺣﺪث:ًواﻟﻌﻤﻠﯿﺔ ﻟﮭﺬا اﻟﻔﻀﺎء ﻗﺎﺋﻼ إن اﻟﻤﻘﺎرﺑﺎت اﻟﻔﻨﯿﺔ واﻟﻮرش اﻟﺘﻲ ﺗُﻨﻈﻢ داﺧﻞ اﻟـAssembly ﺑﻞ إﻟﻰ اﻟﺘﻤﻜﯿﻦ،ﻻ ﺗﮭﺪف إﻟﻰ اﻟﻌﻼج اﻟﻨﻔﺴﻲ ﺣﯿﻨﮭﺎ. "ﻓﻲ ﺑﻌﺾ اﻷﺣﯿﺎن ﻻ ﯾﻤﻜﻦ ﻟﻠﻤﺮء اﻟﺘﻌﺒﯿﺮ ﻋﻦ ﻧﻔﺴﮫ ﺑﺎﻟﻜﻠﻤﺎت:اﻟﺴﯿﺎﺳﻲ واﻟﺘﻌﺒﯿﺮ؛ ﺣﯿﺚ ﯾﻀﯿﻒ ﺣﺮﻓﻮش ﯾﺤﻮل اﻟﺠﺴﺪ ّ ھﺬا اﻟﺘﺤﻮﯾﻞ ھﻮ ﺑﺎﻟﻀﺒﻂ ﻣﺎ."ﯾﺴﺎﻋﺪ اﻟﻔﻦ ﻓﻲ ﺗﺤﻮﯾﻞ اﻟﻌﺠﺰ واﻧﻌﺪام اﻟﻘﺪرة ﻋﻠﻰ اﻟﻜﻼم إﻟﻰ ﻓﻌﻞ ( واﻟﺬاﻛﺮة ﻣﻦ ﺣﺎﻟﺔ اﻟﺘﻮﺛﯿﻖ اﻟﺴﻠﺒﻲ )اﻟﺬي ﺗﻔﺮﺿﮫ اﻹﺣﺼﺎءات اﻟﺮﺳﻤﯿﺔ( إﻟﻰ ﺣﺎﻟﺔ ﻣﻦ اﻟﻔﺎﻋﻠﯿﺔ واﻟﺘﺪﺧﻞArtikulation)."{{fn:71}}
Une théorie qui ne peut être opérationnalisée reste une description. La boîte à outils Écoute Incarnée (Embodied Listening Toolkit) est la réponse à ce problème : un protocole opérationnel méthodologique qui traduit les diagnostics théoriques de ce travail en procédures évolutives et reproductibles, sans neutraliser mais en densifiant la substance épistémique. Dans un climat de neutralité institutionnelle, que ce travail a démasquée comme une maintenance masquée de l'Architecture de l'Apparence, le Toolkit offre une alternative opérationnelle aux modèles de dialogue axés sur le consensus. Il opérationnalise le pluralisme agonistique (Mouffe), la vulnérabilité partagée (Butler) et la connaissance située (Haraway) comme des protocoles basés sur le corps, non pas comme des principes abstraits, mais comme des instructions concrètes pour des situations spécifiques.72 • L'Endurance Relationnelle remplace la résolution consensuelle par la capacité à rester présent comme instrument de connaissance sensorielle dans des conditions de désaccord profond. Le succès est mesuré par l'augmentation de la tolérance à l'ambiguïté, non par l'élimination de la différence. • Le Témoignage Corporel établit les réactions physiologiques – respiration, tonus musculaire, comportement du regard – comme des marqueurs valides d'un processus de connaissance relationnel : non pathologisés, mais archivés comme des indicateurs collectivement lisibles de l'efficacité de la tension épistémique. • Les Protocoles de Facilitation Originaux contiennent des instructions ECL spécifiques concernant la configuration et le timing, qui stabilisent les corps en état d'agonisme pour désamorcer les impulsions de violence sans dépolitiser le conflit de fond. • L'Évaluation Non Basée sur le Consensus mesure la régulation somatique et l'engagement spatial comme métriques de la capacité relationnelle sous pression et remplace ainsi les critères de succès basés sur l'alignement violent des points de vue. Au lieu de l'« Observateur de la Sécurité » institutionnel, c'est la figure de l'Auditeur Souverain qui apparaît : une attitude de résonance radicale qui ne fixe pas l'autre, mais le retient. Le Toolkit est ainsi la forme condensée d'une pratique validée opérationnellement pour une Coexistence Sans Clôture, une vie commune qui n'impose pas la réconciliation, mais crée les conditions infrastructurelles et somatiques pour rester capable d'agir dans la différence. Application pratique : L'analyse d'un glissement, ce que le Toolkit signifie dans des conditions de tension réelle, peut être ancrée dans un moment concret.
Lors d'un atelier en 2025 avec des représentant·es d'une organisation de la société civile en Saxe, invité·es sur le thème de la discrimination institutionnelle, une participante a dit après environ vingt minutes : « Mais il y a aussi des gens gentils dans les administrations. » Cette affirmation est analytiquement plus précise qu'une simple négation. Elle ne conteste pas directement le diagnostic structurel. Elle le contourne par un glissement du niveau d'analyse : de la structure à l'individu, de l'Architecture de l'Apparence à la qualité morale des acteur·trice·s individuel·le·s. L'opération n'est pas une négation, c'est une individualisation, et c'est précisément là que réside son efficacité en tant que mécanisme de défense des ordres institutionnels. Ce qui aurait pu être fait à ce moment-là : corriger, expliquer que l'argument passe à côté du niveau structurel. Ce que le Toolkit exigeait : rien de tout cela. L'affirmation n'a pas été immédiatement résolue. L'espace est resté en tension pendant quelques secondes – non pas comme un consentement, mais comme une pratique consciente de la tolérance. C'est seulement ainsi qu'est apparu ce que l'affirmation elle-même accomplit : elle déplace l'attention de la logique opérationnelle de l'institution vers la question des caractères individuels – un glissement que les espaces institutionnels acceptent normalement et immédiatement comme apaisement. La tension n'a pas été éliminée, mais collectivement supportée. Le succès de ce moment n'a pas été qu'un accord ait été trouvé en trente secondes ou que l'affirmation ait été réfutée. Le succès a été que les participant·es ont pu rester dans la tension sans la traduire immédiatement en une clarté morale – ni en confirmation des « gens gentils », ni en rejet réflexe. C'est une autre notion de succès, et une notion vérifiable.
Il y a une forme d'écoute qui attend une réponse. Et il y a une forme qui demeure dans le non-comprendre – non par incapacité, mais par méthode. L'écoute incarnée appartient à la seconde catégorie : elle opère non pas comme une étape préalable à l'accord, mais comme une infrastructure pour la production de savoir dans des conditions de différence non résolue. Le corps y joue un double rôle méthodologique :
Comme instrument de connaissance sensorielle, il enregistre les rythmes respiratoires, les comportements du regard, les pauses et les densifications affectives comme des données épistémiquement pertinentes.
Dans des exercices comme « Listening Under Tension », le public est contraint de percevoir l'illisibilité de l'autre comme une tension physique dans son propre corps, au lieu de la neutraliser cognitivement.
Le protocole prévoit de : rester présent sans préparer de riposte ; percevoir sa propre réaction corporelle – respiration, tension musculaire, malaise – comme un point de donnée, et non comme une perturbation à surmonter.
Le terme arabe
اﻹﺻﻐﺎء,
qui n'est pas traduit ici, désigne une forme d'écoute qui ne peut être entièrement saisie en allemand : une écoute qui comprend le corps comme un espace de résonance, et non comme un simple récepteur. Cette intraduisibilité partielle est méthodologiquement cruciale : elle montre que l'écoute incarnée n'est pas une technique universalisable, mais une pratique spécifiquement située qui tire sa finesse épistémique précisément de sa non-transférabilité. En tant que partie d'une infrastructure relationnelle, l'écoute incarnée devient une Éthique de l'Ajustement (Ethics of Attunement), une pratique performative qui ne possède pas le savoir individuellement, mais le co-produit en présence. La disposition physique des corps, des distances et des objets – l'Architecture de la Pièce – constitue les conditions matérielles de l'écoute elle-même. La pièce n'est pas un contenant neutre ; elle distribue l'attention, l'autorité et la vulnérabilité avant même que le premier mot ne soit prononcé. L'Endurance Relationnelle, le « relationale Ausdauern », est la forme opératoire de cette écoute. L'objectif n'est pas le consensus, mais la capacité à maintenir les tensions sans les traduire en schémas d'interprétation préexistants. La connaissance ne naît pas ici de la résolution des conflits, mais de la résilience somatique à demeurer dans la tension. Comme le suggère le projet Amawtay Wasi : ce savoir n'est pas disponible de manière extractive ; il doit être conjointement maintenu et enduré dans la durée de l'Assemblée.
La LCI n'est pas la somme de ses parties. C'est la manière dont ces parties opèrent ensemble: simultanément, récursivement, en exécution. Dans cette synthèse, le corps n'apparaît pas successivement comme un médium de perception calibré, puis comme une archive, puis comme un glitch, et enfin comme un sujet opaque. Il est tout cela à la fois, et la tension entre ces fonctions est ce qui distingue la LCI d'une simple méthode. En tant qu'instrument de connaissance sensorielle, le corps enregistre les fréquences de pouvoir et les tensions somatiques qui restent invisibles dans les formats discursifs conventionnels – non pas comme un préalable à l'analyse, mais comme l'analyse elle-même. En tant que contre-archive corporelle, il conserve des expériences incarnées et des histoires vécues au-delà des archives étatiques – non pas comme
mémoire privée, mais comme une trace collectivement lisible. En tant que « Body as Glitch », il interrompt la lisibilité algorithmique et institutionnelle – non pas comme une protestation, mais comme une incompatibilité structurelle avec les exigences du système. En tant qu'opacité décoloniale, il défend l'agentivité épistémique contre la contrainte de la transparence totale – non pas comme un retrait, mais comme une gestion souveraine du sens. Ces quatre fonctions tirent leur acuité méthodologique d'une souveraineté exilique. La LCI désigne une attitude épistémique qui rejette le lissage professionnel et la neutralité institutionnelle, au profit d'une résonance radicale et située. La souveraineté ne se manifeste pas ici comme un contrôle sur des significations fixes, mais comme la capacité à réorganiser les paramètres infrastructurels de l'apparition : temps (durée de la présence), espace (arrangement des corps), perception (Listening) et lisibilité (Opacity). L'efficacité de la LCI est mesurée par des « Sovereign Metrics », et non par des cadres d'évaluation lisibles institutionnellement. Ces métriques ne demandent pas si une institution a compris le corps intervenant. Elles demandent si le corps a pu affirmer son agentivité épistémique face à l'exigence de ré-archivage. L'« Relational Endurance » ne mesure pas une communication réussie, elle mesure la résilience souveraine : la capacité à maintenir la différence, la tension et la contradiction dans l'espace, sans retomber dans une contrainte de réconciliation. La « Somatic Regulation » ne désigne pas un apaisement thérapeutique, elle désigne la capacité du corps à rester opérable sous pression, en tant que médium de perception et en tant que glitch, sans renoncer à son opacité. Le succès au sein de la LCI est atteint lorsque le corps, en tant que « Body as Glitch », conserve son inadéquation, irrite l'« Architecture of Appearance » et échappe à sa réintégration dans un registre gérable. Non pas le consentement, mais la résilience. Non pas la transparence, mais la stabilité d'une opacité incarnée. Non pas le consensus, mais la prévention de sa traduction neutralisante. La LCI en tant que synthèse est décrite. Elle doit maintenant faire ses preuves – non pas comme concept, mais comme pratique dans les conditions réelles d'institutions réelles.
Les concepts avec lesquels ce travail a commencé ne sont plus les mêmes que ceux avec lesquels il se termine. Ce n'est pas une contradiction ; c'est la preuve qu'ils ont fonctionné comme des outils et non comme des définitions. • Architecture of Appearance : Au début, ce terme apparaissait comme une catégorie descriptive – un cadre qui explique comment la visibilité est distribuée. À la fin, c'est un concept opératoire : il ne décrit pas seulement ce qui existe, il rend visible ce qui doit être fait pour l'interrompre. • Body as Glitch : Au début, ce terme apparaissait comme une métaphore de la perturbation. À la fin, c'est un protocole chorégraphique : ce n'est pas le corps qui perturbe, mais le corps invite le système à accomplir ouvertement ses mécanismes de normalisation. La différence est cruciale : la perturbation est accidentelle ; un protocole chorégraphique est intentionnel. • At-Tamakkun : Au début, ce terme apparaissait comme une stratégie. À la fin, il recèle un danger qui n'était pas visible au début : le danger que la sur-satisfaction du code se transforme en une conviction du code. Un concept qui a appris sa propre limite est plus précis qu'un qui ne la connaît pas. • Decolonial Opacity : Au début, ce terme apparaissait comme un refus. À la fin, c'est une infrastructure : non seulement le droit de ne pas être compris, mais la création active de conditions dans lesquelles une compréhension complète est structurellement impossible.
Dans l'interaction entre l'« Assembly » et le « Toolkit », l'œuvre artistique se transforme d'une scène de représentation en une contre-infrastructure souveraine. Cette infrastructure ne critique pas l'« Architecture of Appearance » ; elle la déconstruit opérativement en réorganisant les conditions de l'apparition elle-même. L'« Assembly » constitue l'espace politique dans lequel le savoir migrant est protégé de la dévaluation épistémique et transféré dans une forme adressable – non pas par une protection extérieure, mais par la pratique collective de l'At-Tamakkun : l'appropriation souveraine des conditions dans lesquelles le savoir compte. Le « Toolkit » régit les conditions micrologiques de cette production de savoir en mettant en œuvre l'« Embodied Listening », la présence agonistique et la « Relational Endurance » comme méthodes reproductibles et transférables. Ensemble, les deux formats constituent une machine épistémique intégrée qui opère en trois dimensions :
La production de témoignages corporels : elle enregistre les traces corporelles de la violence épistémique à travers des marqueurs somatiques comme la respiration, le tonus musculaire et le comportement du regard, non pas comme des symptômes, mais comme des marqueurs collectivement lisibles.
L'interruption du dispositif : elle établit une chorégraphie concurrente de la visibilité contre l'ordre institutionnel de l'archive par des réorganisations spatiales ciblées et une illisibilité stratégique.
La redistribution de l'autorité épistémique : elle transforme les objets de suspicion en instances d'analyse, en considérant la capacité de présence dans des conditions de profond désaccord non pas comme un défaut, mais comme un critère de souveraineté. Le succès de la LCI commence précisément là où l'institution échoue face à elle. Ce n'est pas la compréhension institutionnelle, mais l'impossibilité d'une appropriation complète, qui marque le point où la LCI devient souveraine en tant que machine épistémique. Ce travail est soumis au sein d'une institution académique. Ce n'est pas un acte neutre. L'université n'est pas en dehors de l'« Architecture of Appearance » ; elle est l'un de ses principaux lieux de production. Elle décide quelles formes de savoir sont considérées comme scientifiques, quelles langues sont reconnues comme académiques et quels corps peuvent apparaître comme sujets de connaissance. Soumettre la LCI au sein de cette institution est en soi un acte d'At-Tamakkun : la sur-satisfaction des codes académiques – citation, structuration, appareil conceptuel – jusqu'au point où l'institution doit décider si elle reconnaît comme savoir ce qu'elle ne peut pas assimiler entièrement. Le résultat de cette décision ne fait pas partie de ce travail. C'est son prochain chapitre :
أن ﺗﺪﺧﻞ ﺑﯿﺖ اﻟﻨﻈﺎم وﺗﻜﺘﺐ ﻓﯿﮫ ﻋﻦ ﻛﯿﻔﯿﺔ ﺗﻔﻜﯿﻜﮫ ﻟﯿﺲ ﺧﯿﺎﻧﺔ ﻟﻠﻤﻘﺎوﻣﺔ ھﻮ ﺷﻜﻞ ﻣﻦ أﺷﻜﺎﻟﮭﺎ
Une dernière précision méthodologique est ici inévitable, car elle fait de la relation de ce travail à son instance de soumission elle-même un objet. At-Tamakkun reste At-Tamakkun seulement sous trois conditions formulées dans les définitions des termes : l'enregistrement somatique de la différence entre la performance et la conviction, la limitation temporelle de l'objectif d'infiltration et un espace en dehors de l'institution. Les deuxième et troisième conditions sont remplies pour ce travail : l'objectif est concret (soumission) et l'« Assembly » existe comme correctif externe. La première condition n'est structurellement pas prouvable de l'intérieur. Le corps écrivant ne peut pas prouver à partir du texte lui-même qu'il enregistre toujours la différence ; le texte fait partie de la performance, il n'en est pas en dehors. Cette non-prouvabilité n'est pas un défaut du cadre. C'est son point limite. Si l'institution reconnaît ce travail, cette reconnaissance n'est pas une preuve du fonctionnement de la LCI ni une preuve de son absorption. C'est une preuve de quelque chose de plus précis : que toute critique introduite dans le système ne peut pas tester si elle est encore « à l'extérieur » au sein du même système. Le journal somatique et l'« Assembly » sont les instances où ce test a lieu – non pas la salle d'examen, non pas la note, non pas le titre. Le travail ne se termine donc pas par la résolution de cette tension, mais par sa passation aux espaces où elle peut être débattue.
Il y a une question que ce travail ne peut poser qu'à la fin, car elle présuppose le traitement de l'ensemble du cadre pour pouvoir même être formulée. Si le « glitch » est le moment où l'institution exerce sa violence cachée de manière visible : qui documente ce moment s'il ne reste aucun corps en dehors de l'institution pour le documenter ? Cette question n'est pas une ouverture rhétorique. Elle nomme la limite de la LCI. La LCI présuppose l'existence d'un corps qui, au moins partiellement, peut opérer en dehors de la logique de codification du dispositif. Qu'il existe un espace – l'« Assembly », le journal somatique, la langue qui n'est pas traduite – dans lequel le corps se rencontre sans accès institutionnel. Que se passe-t-il si cet espace n'existe pas ? Que se passe-t-il si l'« Architecture of Appearance » est si complète qu'il n'y a plus d'extérieur ? As-Suwaida, Juillet 2025, a montré une réponse – non réconfortante. Quand l'extérieur disparaît, le « Reverse Forced Archiving » apparaît comme un dernier acte : le corps revient sous une forme que le système ne peut pas lisser, archiver, exploiter. Ce n'est pas l'image qui l'emporte sur le simulacre, c'est l'incontrôlable qui l'emporte sur le contrôlable. Ce n'est pas une méthode. C'est une limite. La LCI se termine là où le corps ne peut plus fonctionner comme instrument de connaissance, mais seulement comme matériau de destruction. Nommer cette limite n'est pas un échec ; c'est l'affirmation la plus précise que ce travail est capable de faire. La vraie question avec laquelle ce travail se termine n'est donc pas : Comment saboter l'« Architecture of Appearance » ? La question est : Comment faire en sorte qu'un corps reste toujours à l'extérieur, non archivé, non codifié, suffisamment libre pour témoigner du moment de l'échec ?
.ً اﻟﻨﻈﺎم ﯾﺤﺘﻮي ﻛﻞ ﺷﻲء إﻻ ﻣﺎ ﯾﺮﻓﺾ اﻻﺣﺘﻮاء اﻟﺠﺴﺪ اﻟﺬي ﯾﺮﻓﺾ ھﻮ ﻣﺎ ﯾﺠﻌﻞ اﻟﺘﻌﻄﯿﻞ ﻣﻤﻜﻨﺎ
Que se passe-t-il après le Glitch ? Cette question est le véritable défi de l'ECL. La perturbation de l'Architecture of Appearance ne garantit pas encore sa transformation. Les institutions peuvent neutraliser rétrospectivement le moment de la perturbation comme un signe de leur propre ouverture, le pédagogiser et le transformer en un événement exceptionnel et mis en scène, sans modifier les axes de pouvoir sous-jacents. Le sabotage épistémique devient rétrospectivement un moment de diversité administrable. Ce danger de réabsorption n'est pas marginal, il est structurel. La durabilité, dans ce contexte, ne signifie pas une intégration harmonieuse. Elle signifie le maintien d'une friction irréductible – une permanence du sabotage qui empêche le Glitch de devenir une exception mise en scène. L'Assembly opère ainsi comme une contre-infrastructure nomade : dans le contexte spécifique du complexe NSU, comme une contre-archive nécessaire dont l'existence reste directement liée à l'exigence d'une élucidation complète. À partir de là, elle s'émancipe en tant que laboratoire itinérant, cherchant activement de nouveaux espaces et institutions pour intervenir là où les structures hégémoniques monopolisent l'apparition.
Le Toolkit fournit la base méthodique de ce transfert. Sa validité résulte d'un processus de développement itératif en six étapes, qui articule la précision théorique avec la réalité empirique des ateliers pilotes, assurant ainsi la transférabilité de l'ECL à divers champs de tension géopolitiques. L'ECL ne fonctionne pas ici comme un matériel didactique statique, mais comme un sabotage opérationnel contre le préformatage algorithmique et institutionnel des catégories de réalité. La souveraineté n'apparaît pas à la fin de cette étude comme une possession statique, mais comme la capacité collective de réorganiser constamment les conditions de l'apparition – que ce soit dans l'espace physique ou dans le flux algorithmique. L'objectif reste une Coexistence Without Closure : une forme de coexistence qui n'impose pas la réconciliation, mais qui crée les conditions infrastructurelles et somatiques pour rester capable d'agir dans la différence. Si nous acceptons que le Glitch n'est pas une simple erreur, mais une interruption nécessaire de la logique hégémonique, alors nous sommes confrontés au véritable défi : comment réaménager l'espace commun lorsque l'architecture protectrice du consensus disparaît et que nous nous rencontrons plutôt dans la vulnérabilité partagée de nos corps ? Ce n'est que si le sabotage est maintenu comme lieu permanent de friction qu'il peut déplacer les conditions de ce qui peut être considéré comme vérité et apparition légitime dans le musée, dans l'État et dans l'espace numérique. L'ECL n'est pas une méthode achevée. C'est une pratique en développement, et son développement dépend de contextes qui n'existent pas encore. Trois directions sont prévisibles :
L'extension aux corps collectifs : Jusqu'à présent, l'ECL opère majoritairement avec le corps individuel comme instrument. Que se passe-t-il lorsque plusieurs corps agissent simultanément comme instrument cognitif sensoriel coordonné ? The Assembly suggère cette possibilité ; elle n'est pas encore élaborée.
La confrontation avec des corps générés par l'IA : Si les doubles numériques deviennent de plus en plus réalistes, la question se pose : Comment opère Uncoded Presence
contre un Double indiscernable de l'original ? Ce n'est pas une question de science-fiction, As-Suwaida 2025 l'a déjà posée.
La transmission institutionnelle : ECL ne peut pas être transmise comme un modèle prêt à l'emploi, cela transformerait At-Tamakkun en intégration. Ce qui peut être transmis, c'est le principe de l'infiltration contrôlée et les outils de son application. Le Toolkit est la tentative de cette transmission, mais ce n'en est que le début. Ce que ce travail, dans sa concentration sur la violence, la résistance et le sabotage, ne nomme pas explicitement, est néanmoins présent dans chacune de ses pages : la joie. Chanter en arabe au Grassi n'était pas seulement une intervention, c'était aussi une beauté. L'Assembly n'était pas seulement une contre-archive, c'était aussi une communauté. At-Tamakkun n'était pas seulement une stratégie, c'était aussi le plaisir silencieux d'être plus précis que prévu. ECL ne naît pas seulement de l'amertume. Elle naît principalement de la conviction que le monde pourrait être différent et de la joie des moments où, pour un instant, il l'est.
.اﻟﺘﺤﺮر اﻟﺬي ﻻ ﯾﺸﻤﻞ اﻟﻔﺮح ﻟﯿﺲ ﺗﺤﺮرا ً ھﻮ ﻧﺴﺨﺔ ﻣﺆﻟﻤﺔ ﻣﻦ ﻧﻔﺲ اﻟﺴﺠﻦ
Protocoles somatiques et matériel d'archive (2011–2025)
Contenu : Notes de terrain des rencontres institutionnelles à Leipzig, Dresde et Chemnitz.
Format : Entrées manuscrites immédiatement après contact institutionnel, complétées par des cartes corporelles et des enregistrements audio pour documenter les états affectifs.
Performance « The T(A)CHE » (25.01.2024)
Lieu : Grassi Museum für Völkerkunde, Leipzig.
Participants : Adam Harfouch, Sobukwe Mapefane et Hammam Alawwam.
Documentation : Enregistrement vidéo et protocole somatique ; analyse de l'interaction avec le personnel du musée en tant que « Body as Glitch ».
Formats d'assemblée: Chemnitz Capitale européenne de la culture (2025)
Étendue: 16 sessions avec un total d'environ 200 participants.
Documentation: Procès-verbaux de session anonymisés pour l'étude des processus d'écoute collectifs.
Atelier avec une organisation de la société civile (Saxe, 2025)
Thème: Discrimination institutionnelle et accessibilité.
Documentation: Post-protocole somatique et notes de facilitation; anonymisé à la demande des participants.
Série d'ateliers «Creative Tools» (juillet – novembre 2025)
Lieu: Processus ouvert – un centre de documentation NSU, Chemnitz (RAA Sachsen e.V.).
Direction: Adam Harfouch.
Documentation: Pratique artistique bilingue (arabe/allemand) pour la transformation des expériences de discrimination en mémoires collectives.
Format «Brückenbauen – Conseil consultatif de l'Assemblée et dialogue social» (octobre 2025)
Contexte: Série d'événements C.munities, Chemnitz 2025.
Direction: Adam Harfouch.
Documentation: Mise en place d'un organe de dialogue social et implémentation d'une culture de discussion protégée pour la visibilisation des perspectives marginalisées.
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Je déclare par la présente que j'ai rédigé le présent travail intitulé :
Embodied Creative Liberation (ECL) de manière autonome et sans aide extérieure non autorisée. Je n'ai utilisé aucune autre source ou ressource que celles indiquées. Tous les contenus repris textuellement ou dans leur sens à partir d'autres œuvres scientifiques ont été dûment cités. J'assure que le présent travail n'a été soumis à aucune autre institution d'examen sous une forme identique ou similaire. Je suis conscient qu'une infraction à cette déclaration peut être considérée comme une tentative de fraude et peut entraîner une évaluation du travail comme « non réussi ».
Lieu, date : Leipzig, 15.05.2026 Signature : Adam Issam Harfouch.
Notes
- 1Cf. Foucault, Michel: Surveiller et Punir. Naissance de la prison. Paris: Gallimard 1975, p. 45.
- 2Cf. Fanon, Frantz: Les Damnés de la Terre. Paris: François Maspero 1961, p. 28–30.
- 3Cf. Fulbrook, Mary: The People's State. East German Society from Hitler to Honecker. New Haven: Yale University Press 2005, p. 220–245.
- 4Cf. Poutrus, Patrice G.: Umkämpftes Asyl. Vom Nachkriegsdeutschland bis zur Gegenwart. Berlin: Christoph Links Verlag 2019, p. 95–112.
- 5Cf. Derrida, Jacques: Mal d'Archive. Une impression freudienne. Paris: Galilée 1995, p. 12–18.
- 6Cf. Assmann, Aleida: Erinnerungsräume. Formen und Wandlungen des kulturellen Gedächtnisses. München: C.H. Beck 1999, p. 56–78.
- 7Cf. Foucault, Michel: L'Ordre du discours. Paris: Gallimard 1971, p. 10–15. / Cf. Said, Edward W.: L'Orientalisme. L'Orient créé par l'Occident. Paris: Le Seuil 1980, p. 54–60.
- 8Cf. Merleau-Ponty, Maurice: Phénoménologie de la perception. Paris: Gallimard 1945, p. 120–135.
- 9Cf. Spivak, Gayatri Chakravorty: Can the Subaltern Speak? In: Nelson, Cary/Grossberg, Lawrence (Hg.): Marxism and the Interpretation of Culture. Urbana: University of Illinois Press 1988, p. 271–313.
- 10Cf. Glissant, Édouard : Poétique de la Relation. Paris: Gallimard 1990, p. 191–204; cf. Zuboff, Shoshana: L'Âge du capitalisme de surveillance. Paris: Zulma 2020, p. 93–110.
- 11Cf. Butler, Judith: Frames of War. When Is Life Grievable? London: Verso 2009, p. 1–20.
- 12cf. Foucault, Michel: Archäologie des Wissens. Frankfurt am Main: Suhrkamp 1981, p. 51–65; cf. Hacking, Ian: The Social Construction of What? Cambridge, MA: Harvard University Press 1999, p. 1–23; cf. Latour, Bruno: Nous n'avons jamais été modernes. Essai d'anthropologie symétrique. Frankfurt am Main: Suhrkamp 2008, p. 23–45.
- 13Cf. Bhabha, Homi K.: The Location of Culture. London: Routledge 1994, p. 85–92.
- 14Cf. Butler, Judith: Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity. New York: Routledge 1990, p. 185–194; cf. But-
- 15Cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective. In: Feminist Studies 14 (1988), n° 3, p. 575–599; cf. Merleau-Ponty, Maurice: Phänomenologie der Wahrnehmung. Berlin: de Gruyter 1966, p. 146–172.
- 16Cf. Butler, Judith: Bodies That Matter. On the Discursive Limits of “Sex”. New York: Routledge 1993, p. 2–15; cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective. In: Feminist Studies 14 (1988), n° 3, p. 575–599.
- 17Cf. Ahmed, Sara: On Being Included. Racism and Diversity in Institutional Life. Durham: Duke University Press 2012, p. 163–186.
- 18Cf. Glissant, Édouard: Poétique de la Relation. Paris: Gallimard 1990, p. 191–204; cf. Spivak, Gayatri Chakravorty: The Politics of Translation. In: Outside in the Teaching Machine. New York: Routledge 1993, p. 179–200.
- 19Cf. Judith Butler : Precarious Life. The Powers of Mourning and Violence. London: Verso 2004, p. 19–32; cf. : Frames of War. When Is Life Grievable? London: Verso 2009, p. 1–20.
- 20Cf. : Donna Haraway Situated Knowledges. The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective. In: Feminist Studies 14 (1988), n° 3, p. 575–599.
- 21Cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective. In: Feminist Studies 14 (1988), n° 3, p. 575–599; cf. Foucault, Michel: Archäologie des Wissens. Frankfurt am Main: Suhrkamp 1981, p. 51–65.
- 22Cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. In: Feminist Studies 14 (1988), n° 3, p. 575–599.
- 23Cf. Spivak, Gayatri Chakravorty: Can the Subaltern Speak? … p. 271–313; cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. …
- 24Cf. United Nations Human Rights Council: Report of the Independent International Commission of Inquiry on the Syrian Arab Republic: July 2025 Escalation in Sweida. Geneva 2026.
- 25Cf. Baudrillard, Jean: Simulacres et Simulation. Paris: Galilée 1981, p. 9–25.
- 26Cf. Fanon, Frantz: Les Damnés de la Terre. Frankfurt am Main: Suhrkamp 1981, p. 35–53; cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective. In: Feminist Studies 14 (1988), n° 3, p. 575–599; cf. journal somatique personnel et matériel d'archives (2011–2025).
- 27Cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective. In: Feminist Studies 14 (1988), fasc. 3, p. 575–599.
- 28Cf. Butler, Judith: Bodies That Matter. On the Discursive Limits of “Sex”. New York: Routledge 1993, p. 2–15; cf. Butler, Judith: Excitable Speech. A Politics of the Performative. New York: Routledge 1997, p. 1–25.
- 29Cf. Lewis, Isabel: The Institute for Embodied Creative Practices. Leipzig: HGB 2024; cf. Butler, Judith: Bodies That Matter. New York: Routledge 1993, p. 2–15.
- 30Cf. Lewis, Isabel: The Institute for Embodied Creative Practices. Leipzig: HGB 2024.
- 31Cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective. In: Feminist Studies 14 (1988), fasc. 3, p. 575–599.
- 32Cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. In: Feminist Studies 14 (1988), fasc. 3, p. 575–599.
- 33Cf. Mouffe, Chantal: Agonistics. Thinking the World Politically. London: Verso 2013, p. 1–20.
- 34Cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective. In: Feminist Studies 14 (1988), fasc. 3, p. 575–599.
- 35Cf. Edward said Orientalismus. Frankfurt am Main: S. Fischer 2009, p. 54–72.
- 36Cf. Butler: Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity. New York: Routledge 1990, p. 25–52.
- 37Cf. : Foucault Überwachen und Strafen. Die Geburt des Gefängnisses. Frankfurt am Main: Suhrkamp 1977, p. 251–292.
- 38Cf. :Fanon Schwarze Haut, weiße Masken. Frankfurt am Main: Suhrkamp 1980, p. 83–108.
- 39Cf. Foucault, Michel: Surveiller et punir. Naissance de la prison. Paris: Gallimard 1975, p. 135–169; cf. Fanon, Frantz: Les Damnés de la Terre. Paris: François Maspero 1961, p. 35–53.
- 40Cf. Russell, Legacy: Glitch Feminism. A Manifesto. London: Verso 2020; cf. Said, Edward W.: Orientalism. New York: Pantheon Books 1978, p. 54–72.
- 41Cf. Spivak, Gayatri Chakravorty: Can the Subaltern Speak? In: Nelson, Cary/Grossberg, Lawrence (eds.): Marxism and the Interpretation of Culture. Urbana: University of Illinois Press 1988, p. 271–313; cf. Foucault, Michel: Archäologie des Wissens. Frankfurt am Main: Suhrkamp 1981, p. 51–65.
- 42Cf. Said, Edward W.: Orientalism. New York: Pantheon Books 1978, p. 54–72; cf. Foucault, Michel: Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines. Paris: Gallimard 1966, p. 15–30.
- 43Cf. Zuboff, Shoshana: The Age of Surveillance Capitalism. New York: PublicAffairs 2019, p. 93–110.
- 44Cf. Trouillot, Michel-Rolph: Silencing the Past. Power and the Production of History. Boston: Beacon Press 1995, p. 1–30.
- 45Cf. Trouillot, Michel-Rolph: Anthropology and the Savage Slot. The Poetics and Politics of Otherness. In: Fox, Richard G. (éd.): Recapturing Anthropology. Working in the Present. Santa Fe: School of American Research Press 1991, p. 17–44.
- 46Cf. Said, Edward W.: Orientalism. New York: Pantheon Books 1978, p. 54–72.
- 47Cf. Human Rights Watch: Meta’s Dangerous Algorithm. How Facebook’s Systems Suppress Palestinian Content. New York: Human Rights Watch 2023.
- 48Cf. Crawford 2021; Browne 2015.
- 49Cf. Crawford, Kate: Atlas of AI. Power, Politics, and the Planetary Costs of Artificial Intelligence. New Haven: Yale University Press 2021.
- 50Cf. Zuboff, Shoshana: The Age of Surveillance Capitalism. New York: PublicAffairs 2019; cf. Crawford, Kate: Atlas of AI. Power, Politics, and the Planetary Costs of Artificial Intelligence. New Haven: Yale University Press 2021.
- 51Cf. Browne, Simone: Dark Matters. On the Surveillance of Blackness. Durham: Duke University Press 2015; cf. Zuboff, Shoshana: The Age of Surveillance Capitalism. New York: PublicAffairs 2019.
- 52Cf. Ron, Michal B.: Likeconomy Piece. In: Tohu Magazine, 2026.
- 53Cf. Baudrillard, Jean: Simulacres et simulation. Paris: Galilée 1981; cf. Butler, Judith: La vie précaire. Les pouvoirs du deuil et de la violence. Paris: Éditions Amsterdam 2005.
- 54Cf. Fanon, Frantz : Peau noire, masques blancs. Paris : Éditions du Seuil 1952, p. 90–110.
- 55Cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective. In: Feminist Studies 14 (1988), n° 3, p. 575–599.
- 56Cf. Fanon, Frantz : Peau noire, masques blancs. Paris : Éditions du Seuil 1952 ; cf. Merleau-Ponty, Maurice : Phénoménologie de la perception. Paris : Gallimard 1945, p. 145–170.
- 57Cf. Said, Edward W.: Orientalism. New York: Pantheon Books 1978, p. 54–72.
- 58Cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges (1988); cf. Fanon, Frantz: Peau noire, masques blancs (1952); cf. Merleau-Ponty, Maurice: Phänomenologie der Wahrnehmung (1966).
- 59Cf. Butler, Judith: Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity. New York: Routledge 1990.
- 60Cf. Russell, Legacy: Glitch Feminism. A Manifesto. London: Verso 2020.
- 61Cf. Klocker, Hubert (ed.): Wiener Aktionismus. Wien: Ritter Verlag 1989; cf. Maalouf, Amin: Les Identités meurtrières. Paris: Grasset 1998.
- 62Cf. Sippel, Julia/Ucelo Jiménez, Ana: Body Mapping as a Decolonial Feminist Research Method. In: Third World Quarterly 46, 2 (2025); cf. Amawtay Wasi: Universidad Intercultural de las Nacionalidades y Pueblos Indígenas. Quito; cf. Tanjir, Md Mahedi: Embodied Epistemologies in Theatre. Decolonial Approaches to Indigenous Performance in Bangladesh. In: Theatre Research International 49, 1 (2024).
- 63[1] Cf. Tanjir, Md Mahedi: Embodied Epistemologies in Theatre. Decolonial Approaches to Indigenous Performance in Bangladesh. In: Theatre Research International 49, 1 (2024); cf. Colin, Daniel dos Santos: Decolonizando Práticas Cênicas. Corpos Dissidentes e a Cena Contemporânea. In: Revista Brasileira de Estudos da Presença 14, 2 (2024).
- 64Cf. Glissant, Édouard: Poétique de la Relation. Paris: Gallimard 1990.
- 65Cf. Lewis, Isabel: The Institute for Embodied Creative Practices. Leipzig: HGB 2024; cf. Said, Edward W.: Culture and Imperialism. New York: Knopf 1993.
- 66Cf. Deutscher Bundestag 2013.
- 67Cf. RAA Sachsen: Jahresbericht 2025. Dokumentation rechter, rassistischer und antisemitischer Vorfälle in Sachsen. Leipzig: RAA Sachsen 2026.
- 68Offener Prozess (2025): Programme: Assembly – série d'ateliers « Creative Tools ». Offener Prozess – un centre de documentation NSU (RAA Sachsen e.V.). Disponible en ligne sur : https://offener-prozess.de/programm/creativetools
- 69Chemnitz 2025 (2025) : Brückenbauen – Conseil consultatif de l'Assemblée et dialogue social pour Chemnitz. Série d'événements C.munities. Capitale européenne de la culture Chemnitz 2025. Disponible en ligne sur : https://chemnitz2025.de/veranstaltung/termin/brueckenbauen-assembly-beirat-und-gesellschaftlicher-dialog-fuer-chemnitz
- 70Cf. Tanjir, Md Mahedi: Embodied Epistemologies in Theatre. Decolonial Approaches to Indigenous Performance in Bangladesh. In: Theatre Research International 49, 1 (2024).
- 71Amnesty International (2026) : Allemagne : Centre de documentation NSU Chemnitz et les victimes. Dans : Amnesty Journal. Disponible sur : https://www.amnesty.de/informieren/amnesty-journal/deutschland-nsu-opfer-dokumentationszentrum-chemnitz
- 72Cf. Mouffe, Chantal: The Democratic Paradox. London: Verso 2000; cf. Butler, Judith: Precarious Life. The Powers of Mourning and Violence. London: Verso 2004; cf. Haraway, Donna: Situated Knowledges. The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective. In: Feminist Studies 14 (1988), n° 3, p. 575–599.